Premier ministre du premier gouvernement démocratiquement élu et permanent de l’Irak depuis le 22 avril 2006, Nouri al-Maliki a déjà été membre de l’Assemblée constituante en 2005. Il a aussi fait partie du comité de « débaassification » mis en place par les Américains et fort critiqué.

Né en 1950 près de Hilla, il s’était exilé dès 1980, notamment en Syrie. Leader adjoint du parti Dawa, qui menait une résistance armée sous le régime de Saddam Hussein, Nouri al-Maliki est entré sur la scène politique après la chute du dictateur, en qualité de porte-parole du Dawa et de la coalition chiite victorieuse des élections de décembre 2005.

Confronté à une intensification sensible de l’insurrection – galvanisée par la lenteur des négociations politiques – et de la violence sectaire suite à l’attentat contre le sanctuaire chiite al-Askari de Samarra en février dernier, le nouveau Premier ministre estime la réconciliation nationale indispensable à la construction d’un Irak pacifique. Cependant, le gouvernement d’union nationale qu’il a formé un mois après sa désignation est, de façon révélatrice, passé par une impasse lorsqu’il a fallu attribuer les ministères de la Sécurité nationale, de l’Intérieur et de la Défense, montrant combien ces postes sont sensibles eu égard aux tensions entre les communautés chiite, kurde et sunnite, et aux enjeux de pouvoir entre les partis.

La sécurité étant la priorité de son gouvernement, Nouri al-Maliki a montré sa détermination en déclarant l’état d’urgence à Bassora quand la ville a sombré dans l’anarchie. Quant aux milices liées aux factions politiques, largement accusées d’être à l’origine de la violence sectaire, il a déclaré son intention – soutenu en cela par l’influent Ayatollah Ali al-Sistani – de les désarmer. Au cas où elles seraient intégrées aux forces régulières, le degré de leur loyauté envers l’Etat irakien – et, par conséquent, la confiance dont elle bénéficiera auprès de la population – dépendra surtout de l’unité du gouvernement. Pour Bagdad, épicentre de la violence, une force spéciale et unifiée, incluant la très controversée FPS (Facility Protection Services), apparemment responsable de brutalités, est déjà prévue.

Conseiller très proche de son prédécesseur Ibrahim al-Jaafari, Nouri al-Maliki a obtenu le soutien des politiciens kurdes et sunnites après que ceux-ci se fussent opposés à une deuxième candidature de l’ancien Premier ministre. Si le partage du pouvoir avec les sunnites pourrait permettre, à long terme, une diminution de la violence antigouvernementale, le facteur déclenchant de l’insurrection reste surtout la présence des troupes étrangères. Nouri al-Maliki – souvent attaqué car il était le candidat favori des Américains – est lui-même très critique à l’égard des méthodes employées par ces derniers pour exercer leur contrôle sur le pays, comme l’a démontré sa condamnation cinglante du massacre de Haditha. Si son intention d’abréger le calendrier du désengagement pourrait, d’une part, couper l’herbe sous les pieds de l’insurrection, elle pourrait d’autre part aggraver les tensions avec les forces de Coalition.

Le nouveau gouvernement devra gagner sur le terrain la confiance d’une population déçue par l’incapacité des autorités de rétablir les services publics de base. Le manque de sécurité joue au détriment de l’économie, déjà frappée par les attentats que subissent toutes les catégories de travailleurs et par le retard, dans une certaine mesure dû à la fréquence des sabotages, pris par le rétablissement des infrastructures. De plus, la corruption, répandue surtout dans l’administration des revenus pétroliers, contribue encore davantage à la lenteur de la reprise.

Chiara Sulmoni
Assistante de recherche