« Une intervention étrangère en Syrie n’est pas la solution idéale  »

« Une intervention étrangère en Syrie n’est pas la solution »
La Syrie s’enfonce de plus en plus dans la crise. Près de deux ans maintenant, la communauté internationale n’arrive toujours pas à trouver une solution. Hasni Abidi, directeur du Centre d’Études et de Recherches sur le Monde Arabe et Méditerranéen (CERMAM), basé en Suisse, revient pour Le Soir Échos sur ce conflit.
Plus de 20 mois de conflit en Syrie et la communauté internationale demeure toujours divisée sur le dossier. Quel est votre sentiment par rapport à cela ?
Je pense que la Syrie est dans une impasse militaire qui crée par conséquent une impasse politique dans la mesure où ni le pouvoir ni l’opposition n’arrive à dominer l’autre. L’équilibre de force n’est ni en faveur de Bachar al-Assad et encore moins en faveur de l’opposition qui reste divisée. Cela rend le dialogue difficile entre les deux parties. Dans son dernier discours, le président syrien s’est montré radical. Aujourd’hui, on est face à un dilemme interne et international. C’est-à-dire trouver des partenaires, de part et d’autres, capables d’infléchir la position de Bachar al-Assad. Son dernier discours montre qu’il a voulu placer la barre très haut pour obtenir de meilleures conditions pour des négociations.
Pourquoi Bachar al-Assad ne démissionne-t-il pas ?
Bachar al-Assad ne démissionnera pas. Il sait qu’il a un dossier très lourd devant la Cour Pénale Internationale. Et il sait également qu’il n’y a pas vraiment une issue favorable pour lui, même s’il bénéficie encore du soutien de la Russie et de la Chine. Bachar al-Assad sait aussi que l’hospitalité de ces deux pays a des limites. Il est aussi à se demander si le président syrien n’est pas victime de son régime, parce que la crise libyenne a montré que Kadhafi n’était pas le seul maître de son régime. C’est une hypothèse certes, mais il est possible qu’il soit en train d’exécuter les volontés de son entourage. Toujours est-il que près deux ans maintenant que la crise a commencé le système demeure hermétique. Bachar al-Assad reste toutefois le pièce maîtresse du régime syrien.
À votre avis, l’émissaire international, Lakhdar Brahimi, est-il en mesure de sortir la Syrie de la crise ?
Je pense qu’on charge le médiateur international, Lakhdar Brahimi, de beaucoup de missions qu’il n’en peut supporter. Il est l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe et il ne peut pas aller plus loin que la volonté des Américains, des Russes et des pays de la Ligue. Il faut souligner qu’il gère une contradiction internationale. Les Américains veulent le départ de Bachar al-Assad et les Russes, quant à eux, ne sont pas dans cette logique. Ce n’est donc pas facile pour lui de concilier ces deux positions. Il y a la pression des États-Unis et du Royaume-Uni, qui réclament le départ de Bachar al-Assad et qui, dans ce sens préparent déjà l’après-Assad. En témoigne d’ailleurs, la réunion qui s’est tenue hier à Londres à l’initiative du gouvernement britannique et qui a rassemblé l’opposition syrienne et des universitaires de divers horizons sur l’avenir de la Syrie. Il faut remarquer que l’émissaire international n’a pas mentionné le départ de Bachar al-Assad dans son plan de sortie decrise justement à cause de la position partagée de la communauté internationale. Toutefois, il est important de préciser que la présence dans le conflit syrien représente une dynamique de paix. On voit dans le plan proposé par Damas que Bachar al-Assad se prépare pour encore rester au pouvoir avant de partir plus tard. Le plan de Lakhdar Brahimi ressemble à celui proposé au chef d’État du Yé
men pendant la crise, c’est-à-dire un départ négocié. Il pourrait donc déléguer son pouvoir à un membre du régime qui n’a pas du sang sur la main et se retirer. La réunion entre l’émissaire international, les Américains et les Russes demain à Genève est cruciale. La valeur ajoutée de Lakhdar Brahimi dans ce conflit est une porte de secours ouverte en permanence pour le régime syrien pour sauver son honneur.
Quelle est l’influence de l’Iran dans ce conflit ?

« Les Occidentaux ont énormément appris de la crise libyenne. Les Américains redoutent que des armes sophistiquées tombent dans des mains pas « très amicales», Hasni Abidi.
L’Iran a toujours soutenu le régime syrien financièrement et militairement pour des raisons idéologiques. La chute du régime syrien signifierait pour Téhéran l’effondrement de son mur de sécurité. L’Iran n’a donc aucun intérêt à abandonner Bachar al-Assad.
Une intervention militaire est-elle la solution pour mettre fin au chaos ?
Je pense qu’une intervention militaire étrangère n’est pas la solution. De même l’ONU, en raison des divergences entre Américains et Russes, membres permanents du Conseil de sécurité, ne donnera pas le feu vert à une telle intervention. De plus, l’opinion interne en Syrie n’est pas favorable. Il ne faut pas aussi oublier les effets pervers d’une telle opération, qui pourrait envenimer les choses plutôt que de les arranger. À mon avis, une intervention militaire n’est pas possible à court terme, parce qu’une opération de cette envergure, sans l’aval de l’ONU est totalement illégale. Il faudrait qu’il y ait, par exemple, un choc tel l’utilisation d’armes chimiques par le régime pour faire changer d’avis à certains dans ce sens. Aussi, les Occidentaux ont énormément appris de la crise libyenne. Les Américains redoutent que des armes sophistiquées tombent dans des mains pas « très amicales ».
Quel avenir pour la Syrie si le régime de Bachar al-Assad s’effondre ?
En interne, on remarque plutôt des règlements de comptes dans l’opposition syrienne. Celle qui est à l’étranger aussi reste divisée. C’est donc une situation complexe. Si le régime de Bachar al-Assad s’effondre dans ces conditions, la Syrie deviendrait le pays le plus dangereux au monde à mon avis. De même avec les influences des pays voisins (Turquie, Iran etc.), les lendemains de l’après-Assad ne sera guère