L’opposition bahreïnie se cherche un second

Trois questions à
Hasni Abidi, spécialiste du monde arabe et chargé de cours à l’Institut européen de l’Université de Genève.

Deux ans après le soulèvement au Bahreïn, quels constats faites-vous ?

Le premier constat est que la société civile bahreïnie reste minée par des divisions confessionnelles. La communauté sunnite pense que l’opposition chiite reçoit ses ordres de l’étranger (ndlr : Iran) en vue de déstabiliser le pays. Aussi, le pouvoir s’entête-t-il à ne pas céder aux revendications de l’opposition parmi lesquelles le départ du Premier ministre au pouvoir depuis 40 ans. L’autre point marquant, c’est que l’opposition n’a pas réussi à surmonter ses clivages religieux.

Quels sont les points d’achoppement dans les négociations entre le pouvoir et l’opposition ?

Il faut souligner que l’opposition a accepté de participer au deuxième round du dialogue national entamé dimanche dernier puisqu’elle avait rejeté le premier round. Le pouvoir lors de ces pourparlers va tenter de faire renoncer à l’opposition la tenue de manifestations et de sit-in. L’opposition pour sa part réclame une enquête au sujet des manifestants tués lors de précédents manifestants. Mais c’est une demande légitime qui, à mon avis, n’aura pas de suite. Le départ du Premier ministre, Khalifa Ben Salman Al Khalifa, reste un point de blocage. Je pense qu’il ne quittera pas son poste puisque tout porte à croire qu’il a plus de pouvoir que le roi lui-même. L’autre bloc de revendications concerne la réforme judiciaire, l’instauration d’une monarchie constitutionnelle et un gouvernement issu des urnes. Ce sont des revendications qui touchent à l’existence même du pays. Dans une monarchie constitutionnelle, le roi règne mais ne gouvernement pas. Un schéma obligerait le roi à composer avec un Parlement dominé par les chiites, parce qu’ils remporteraient à coup sûr les élections(ndlr:70% de population du pays). Je ne pense qu’il soit prêt à cela. Aussi, Manama n’est seul à prendre toutes les décisions. Il y a une forte influence de l’Arabie saoudite, qui d’ailleurs a permis au pouvoir bahreïni de résister au soulèvement dès le début en envoyant des renforts militaires.

Alors dans ces conditions, est-ce que ce dialogue national pourra sortir le pays de l’impasse  ?

Ce cycle de dialogue n’a vraisemblablement pas de chance d’aboutir. Mais il a une valeur pédagogique qui instaure une dynamique de paix. Cela permettra aussi de soutenir l’aile modérée de l’opposition. Je pense qu’à ce stade de la crise, le gouvernement doit tirer les conséquences issues de l’enquête rendue par la commission d’enquête. Il faudrait aussi que le pouvoir soit élargi à l’opposition et également donner une dimension institutionnelle à ce dialogue.

Le Soir 15.02.2013