Libye: pourquoi le Premier ministre Ali Zeidan a-t-il été enlevé?

Jeudi soir après sa libération, le Premier ministre libyen a lancé un appel au « calme » et à « l’apaisement ». « Les Libyens ont besoin de sagesse et non de surenchère », a-t-il affirmé. Enlevé à l’aube jeudi matin, Ali Zeidan a été retenu plusieurs heures par un groupe armé d’anciens rebelles. Des faits qui révèlent les fragilités du régime libyen, et l’ampleur du défi sécuritaire à relever dans ce pays, deux ans après la chute de Mouammar Khadafi. Car de nombreuses zones d’ombres subsistent sur les circonstances de l’enlèvement.

Parmi les questions restées sans réponse au lendemain des faits : les circonstances de la libération du Premier ministre. Seule précision disponible : « Il aurait été libéré et non relâché », a assuré le porte-parole du gouvernement. Ce qui laisse supposer une intervention extérieure. Selon des témoins cités par l’Agence France-Presse, des habitants auraient encerclé le commissariat où Ali Zeidan était retenu pour faire pression sur les ravisseurs.

Autre question : quelles intentions, quelles motivations se cachent derrière cet enlèvement ? De nombreux analystes font un lien avec la capture à Tripoli, quelques jours plus tôt, d’Abou Anas al-Libi, un chef présumé d’al-Qaïda, par un commando américain. Une opération dénoncée comme une ingérence par plusieurs groupes armés, d’autant plus inacceptable à leurs yeux qu’elle aurait été approuvée tacitement par Tripoli.

Seule certitude, l’enlèvement du Premier ministre souligne son manque d’autorité face aux nombreux groupes armés restés actifs dans le pays. Certains d’entre eux ont été placés sous tutelle officieuse du gouvernement pour, espérait Tripoli, éviter une confrontation. C’est justement le cas de la Chambre des opérations des révolutionnaires de Libye, qui a revendiqué l’enlèvement d’Ali Zeidan.

« Un précédent très dangereux »

Cette stratégie d’une intégration en douceur a-t-elle montré ses limites jeudi ? C’est en tout cas « un précédent très dangereux », estime le politologue Hasni Abidi. « C’est un message pour dire qu’ils sont capables d’arriver jusqu’au cœur du gouvernement, de paralyser la Libye entière », ajoute-t-il.

Selon lui, « les suites de la chute de Kadhafi ont donné des ailes à ces miliciens, qui se sont constitués en groupes et reçoivent une solde de la part du gouvernement. Evidemment, il n’est pas dans leur intérêt de s’autodissoudre dans les forces gouvernementales. » Et M. Abidi de conclure : « Monsieur Zeidan a travaillé depuis des mois pour trouver un terrain d’entente avec ces milices. Il a œuvré sur le lien tribal et social pour les ramener vers plus de modération, et son projet n’a pas réussi. »