Le Liban est en train de devenir une guerre par procuration

Quatre morts et des dizaines de blessés, jeudi 2 janvier, dans un attentat à Beyrouth, capitale du Liban. Une voiture piégée a explosé dans un quartier du sud de la ville, fief du Hezbollah chiite qui soutient le régime syrien de Bachar Al-Assad. Il s’agit de la quatrième attaque visant ce bastion depuis juillet. Une semaine auparavant, un autre attentat, dans une des parties les plus sécurisées de Beyrouth, visait Mohammad Chatah, figure libanaise hostile au régime syrien, tué dans l’explosion.

Francetv info : Que se passe-t-il au Liban ?

Hasni Abidi : Le Liban traverse la période la plus critique et la plus difficile de son histoire moderne, qui le renvoie aux années noires de la guerre civile. On a vu, en une semaine, l’assassinat d’un homme modéré sunnite puis un attentat dans le fief chiite du Hezbollah. C’est le retour de l’assassinat politique, qui est la chose la plus dangereuse pour le pays.

Comment l’expliquer ?

Il y a une double cause. D’abord, la crise syrienne trouve dans le Liban sa première caisse de résonance. Le Liban, dont l’équilibre confessionnel est un enjeu tous les jours, a toujours choisi de se tenir à distance des crises extérieures, mais celle-ci est plus forte. La classe politique libanaise est scindée en deux. D’un côté, il y a les forces telles que la « coalition du 14 mars » [essentiellement sunnite et chrétienne] et les druzes menés par Walid Joumblatt, qui sont hostiles à Bachar Al-Assad. Et de l’autre, les partisans de l’ex-président Michel Aoun et surtout le Hezbollah, qui envoie des centaines d’hommes combattre en Syrie aux côtés du régime.

Ensuite, ces attentats sont une nouvelle forme de langage en réaction à l’impasse politique interne. Il ne faut pas oublier que cela fait des mois que le Liban est sans gouvernement stable. Personne n’arrive à se mettre d’accord. Aujourd’hui, le compromis est en panne du fait de la crise syrienne. Et le camp des modérés est en train de perdre toutes les voix sages et neutres, comme l’était Mohammad Chatah, sunnite modéré, ancien ministre, proche conseiller de l’ex-Premier ministre Saad Hariri et candidat crédible pour gouverner.

Les tensions sont d’autant plus grandes que le procès de l’assassinat de Rafic Hariri [tué le 14 février 2005] approche [il doit débuter le 13 janvier 2014]. Les Libanais le redoutent car il pourrait rouvrir certaines plaies et raviver les discordes confessionnelles.

Quelles peuvent être les issues à cette crise ?

Le Liban est en train de devenir une guerre par procuration, les anti-Assad sont soutenus par l’Arabie saoudite qui ne veut surtout pas que l’influence chiite iranienne ne s’étende au Liban. Il faut donc d’abord que la communauté internationale fasse tout pour calmer le jeu.

Ensuite, la meilleure issue reste la recette que le Liban a toujours appliquée, c’est-à-dire celle d’une certaine neutralité, au moins à l’intérieur du pays. Il faut des forces capables de s’allier entre elles pour préserver l’intégrité nationale. Même si le Hezbollah envoie des combattants en Syrie, il doit refuser toute importation du conflit sur le sol libanais. D’ailleurs, le Hezbollah sait qu’il ne peut pas changer de pays. Tous les acteurs savent que leur survie politique et la continuité de leurs avantages économiques ne peuvent se faire sans le Liban.

Le pire, c’est la continuation de l’esprit de vengeance : un attentat appelle un attentat et c’est le cycle de la guerre civile. De toute façon, le Liban restera le maillon faible de la crise syrienne tant qu’il n’y aura pas de vainqueurs et de vaincus de l’autre côté de leur frontière mitoyenne.

Propos recueillis par Salomé Legrand