Doha – Riyad: divergences au sommet

La liste des victimes des soulevments arabes ne s’arrete pas. A la suite de la chute de certains regimes autoritaires considrés jusque là comme inamovibles, ll a provoqué une grande fissure dans la supposée solidarité arabe et dans l’unité des rangs de deux poids du conseil du coopération du Golfe. Certes, la rivalité entre le Qatar et l’Arabie saoudite est un secret de polichinelle, mais entendre l’homme le plus renseigné de l’Arabie Saoudite, le prince Bindar Ben Soltane, chef des renseignements, déclarer que le Qatar « se résume à 400 habitants et une chaine de télévision », n’est pas coutume dans les rapports entre les deux pays.

L’influence du Qatar sur le Printemps arabe par le biais de la chaîne Al Jazira, qui a constitué un relais amplificateur sans précédent, ou son engagement en faveur des frères musulmans a irrité fortement les Saoudiens. Force est de constater que Riyad n’a pas montré un enthousiasme quelconque aux soulevements arabes. Son accueil du président tunisien déchu et son épouse et le soutien ferme manifesté à l’ancien président Moubarek montre l’embarras de Riyad et sa mauvaise humeur face à un changement qui a fragilisé un échiquier politique conçu au service de l’Etat wahabite depuis des décennies.

La scène égyptienne a révélé au grand jour des divergences profondes entre Ryad et Doha sur les suites du printemps arabe. Il s’agit de deux Etats pivots dans la région, souffrant de grands féficits démocratiques, forts de ressources financières importantes et ayant tous les deux une relation priviligiée avec Washington. Cette rivalité continue sans faire de vagues hormis le l’avance prise le Qatar alors Président de la Ligue arabe. Ce fut une opportunité pour Doha d’asseoir sa légitimité en s’offrant la bénédiction de la majorité des États arabes. Entre temps, le régime saoudien, handicapé par la multitude des centres de décisions et une guerre non déclarée pour la succession du Roi Abdullah, observe les prouesses d’une diplomatie qatarie touts azimuts.

La Syrie est l’occasion rêvée de Riyad de rattraper son retard sur l’accompagnement des soulevements arabes. Mais pas pour les mêmes raisons. Si le Qatar a toujours entretenu de bonnes relations avec la mouvance des frères musulmans en tirant profit pour sa propre légitimité, il n‘est pas de même pour Riyad et les autres monarchies du Golfe. Craignant les idées expansionnistes de la Confrérie qui ne se reconnaissent pas dans les frontières nationales, ils n’ont ménagé aucun effort pour mettre en échec l’expérience islamiste.
L’abdication de l’Emir Hamad ben Khalifa au profit de son fils Tamin et le départ du parrain de la politique étrangère du Qatar est intervenu à la suite de l’échec qatari a reproduire en Syrie le scénario tunisien et égyptien. Le passage du pouvoir à Doha a donc ouvert la voie aux Saoudiens pour une reprise en main non sans bruits du dossier syrien. Une victoire du clan Sudeiri des Saouds sur le clan du Roi Abdullah.
Le rôle joué par le chef des renseignements, le Prince Bandar dans la mobilisation du soutien occidental à évincer le président syrien Bachar al-Assadnet affaiblir l’axe iranien est déterminant pour l’avenir du royaume mais aussi pour la survie du La famille Al Saoud.

Ainsi, la CIA était informée de la détermination du régime saoudien à faire tomber Bachar al-Assad et de confier ce dossier, après moult tergiversations au Prince Bindar. Mais, il n’est pas question pour Riyad de commettre les erreurs de la gestion gestion « Qatar ». Bachar doit tomber, mais en aucun cas les frères musulmans doivent gouvernent seuls la Syrie. Un pari difficile.
Pourtant, début 2012, les Saoudiens intensifient leur soutien militaire aux insurgés suite aux efforts d’unifier leur aide avec le Qatar, les Émirats arabes unis et la Turquie.
Mais la relation entre les deux pays a connu sa première crise en raison des contentieux sur quel groupe syrien faut-il armer. l’Arabie saoudite et les États-Unis ont exprimé leur préoccupation à propos de l’armement du Qatar et de la Turquie au profit des Frères musulmans, tandis que ces deux derniers refusent de modifier leur option. L’entente ne dure pas longtemps. Le dossier égyptien envenime les relations entre les deux monarchies. Le Qatar, dénonçe le coup de force contre le président Morsi et l’Arabie saoudite soutient l’armée qui a renversé le président élu, Riyad et Doha sont désormais en compétition ouverte.

Depuis, le rôle du Qatar dans le dossier syrien ne cesse de diminuer notamment après l’élargissement de la coalition de l’opposition et la perte d’influence des Frères musulmans syriens à l’intérieur. La démission de Maaz Ahmed al-Khatib, proche du Qatar et l’élection de Ahmed Jarbe, membre d’une tribu saoudienne est réputé proche de Riyad à la tête de l’opposition, a sonné le glas de l’influence qatarie dans la coalition. La défiance saoudienne à l’égard de Ahmed Hitto chef du gouvernement intérimaire et proche du Qatar a non seulement limité l’influence du Qatar mais miné l’opposition de l’intérieur. Une aubaine pour le régime syrien.

L’Arabie saoudite, soutenue par les Etats-Unis, opte pour la Jordanie et non pas la Turquie pour organiser l’acheminement de ses cargaison d’armes et dans la formation militaires des insurgés. Tout un symbole quand on connaît les relations glaciales entre le Qatar et la Jordanie.
Pour Washington, Bandar est un homme connu puisqu’il a servi comme ambassadeur de son pays aux États-Unis plus de 22 ans. Neveu du roi Abdullah, il jouit d’une image positive et entretient de bons rapports avec Sénat américain et dans le camp des républicains en particulier.

La crise syrienne a révélé la vulnérabilité de l’Arabie saoudite face à la menace iranienne. Riyad a fondé sa doctrine de sécurité nationale sur la défense de l’idéologie wahhabite, véritable socle de la famille Al Saoud. Confronté à une fronde intérieure, l’Arabie saoudite se trouve désormais face à trois menaces : une influence chiites grandissantes en Syrie en cas du maintien du régime ou une montée en puissance de ses ennemis les frères musulmans et l’influence grandissante du Qatar et de la Turquie parrains de la confrérie. Elle a choisi d’affronter les trois défis car la survie de lu royaume en dépend.

Hasni ABIDI