Attaques en Libye : «Il faut comprendre cet attentat dans un contexte local»

L’organisation de l’Etat islamique (EI) a-t-elle étendu un peu plus son emprise? L’EI a en effet revendiqué l’attaque qui a fait neuf morts à l’hôtel Corinthia de Tripoli mardi, suscitant les craintes sur son éventuelle avancée dans ce pays en proie au chaos. Mais, comme l’explique Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève.

L’organisation de l’Etat islamique (EI) a-t-elle étendu un peu plus son emprise? L’EI a en effet revendiqué l’attaque qui a fait neuf morts à l’hôtel Corinthia de Tripoli mardi, suscitant les craintes sur son éventuelle avancée dans ce pays en proie au chaos. Mais, comme l’explique Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, cette attaque soulève encore de nombreuses interrogations, et est plutôt l’expression d’une rivalité entre groupes armés qu’une expansion de l’EI.
Qui sont les membres du commando qui sont passés à l’action mardi?
Il y a encore d’importantes zones d’ombre qui demeurent à propos de cette attaque: comment ces hommes ont réussi à pénétrer dans l’hôtel, qui est extrêmement surveillé, mais aussi quelle est leur véritable identité. Car, même si l’attentat a été revendiqué par l’Etat islamique (EI), il y a une réserve sur les auteurs de ces attentats: cette «branche libyenne» de l’EI aurait réalisé cette opération en représailles à la mort d’Abu Anas al-Libi (décédé au début du mois en détention à New York), ce qui est étrange, puisqu’il appartenait à Al-Qaida, pas à l’EI. Cependant, l’EI est actuellement le «label» qui a le vent en poupe et qui a un impact médiatique fort, et il est vrai que cette organisation n’est plus seulement territorialisée sur les terres du califat, mais est, comme Al-Qaida, en quête de «franchises».
L’EI est pourtant implanté en Libye…
Tout à fait. Ce groupe n’a pas attendu l’attaque de Tripoli pour s’implanter en Libye. Depuis quelques mois, ils sont implantés à Derna, à l’est. Mais Tripoli et l’ouest du pays sont actuellement sous l’autorité des milices islamistes et de Fajr Libya (Aube de la Libye), proche des Frères musulmans, et je pense qu’il est trop tôt pour définir clairement s’il y a un véritablement mouvement de l’EI vers Tripoli. Il faut plutôt comprendre cet attentat dans un contexte local, comme l’expression de la rivalité entre groupes armés, plutôt que comme une expansion de l’EI.
Ce serait une tentative de déstabilisation du gouvernement de Tripoli?
Oui. L’attaque semble plutôt avoir pour but de porter atteinte au chef du gouvernement autoproclamé, Omar al-Hassi, qui conteste l’autorité du gouvernement élu exilé à Tobrouk, et qui était d’ailleurs dans l’immeuble au moment de l’attaque. Il est possible que ce soit une tentative de déstabiliser les autorités de Tripoli, en montrant qu’elles sont incapables de sécuriser la zone, au moment où elles tentent de donner des gages à la communauté internationale (qui soutient le gouvernement de Tobrouk) sur ce sujet.
Cette insécurité peut-elle mettre les pays européens en danger?
Le pays est actuellement en faillite politique, et bientôt en faillite économique. Si une solution politique n’est pas trouvée rapidement, il y a bien un risque de chaos total. Et ce contexte explosif n’est pas une bonne nouvelle pour les pays européens: la Libye est un pays riche, où existe un vivier important d’armes de toutes sortes, situé juste de l’autre côté de la Méditerranée, soit quasiment en Europe. D’autant plus qu’au moment où cette guerre fratricide a lieu, les Nations Unies et la communauté internationale font le service minimum.

Propos recueillis par Bérénice Dubuc
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