Quelle stratégie pour battre Daech : «La solution est avant tout politique»

Selon Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, la montée en puissance des frappes sur le territoire syrien ne permettra pas d’anéantir Daech.

Fallait-il intensifier les frappes en Syrie ?
HASNI ABIDI. Après les attentats, la France ne pouvait pas renoncer à ses opérations en Syrie, cela aurait été plié face aux exigences de Daech. Mais, l’intensification des frappes n’est pas la bonne solution. D’abord, parce que jusqu’à présent les actions de la coalition emmenée par les Etats-Unis ont certes un peu réduit la capacité de nuisance de Daech, mais sont loin de l’avoir mise en échec. Ensuite, parce qu’avec ses moyens limités, la France ne peut pas compter sur l’intensification de ses frappes pour anéantir Daech. Cela ne sera pas suffisant pour immuniser le pays contre le terrorisme.

Ces opérations militaires peuvent-elles avoir des effets pervers ?
Ces frappes risquent de radicaliser certaines franges de la population syrienne. Les Russes notamment bombardent d’autres factions que l’EI et des civils. A terme, cette attitude peut jeter dans les bras de Daech des populations qui y étaient hostiles jusqu’à présent.

Que faut-il faire alors ?
La solution est avant tout politique et diplomatique. Il ne s’agit pas de négocier avec l’EI, mais de le rendre illégitime. Pas question non plus de discuter avec Bachar al-Assad, si ce n’est de son départ. Il faut associer toutes les forces dans la région pour trouver une sortie de crise. Il faut mettre en œuvre une transition politique en Syrie, comme on tente de le faire dans le cadre de la conférence de Genève. Il faut travailler encore plus avec la Russie et l’Iran, les faire revenir sur leur soutien inconditionnel à Assad. Daech ne sera pas défait par les armes, mais par une réponse politique. Et la France est la mieux placée pour prendre des initiatives dans la région.

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Le Parisien