«Excédé, Ryad crée l’alliance sunnite de 44 pays»

Surprise! L’Arabie saoudite a annoncé ce mardi la création d’une coalition antiterroriste composée de 34 pays sunnites (qui passeront bientôt à 44). Le même jour démarraient en Suisse des pourparlers sur le Yémen, où une rébellion chiite est frappée depuis un an par une coalition arabe constituée à Ryad. Autant d’indices que la donne est en train de changer fondamentalement au Moyen-Orient, confirme Hasni Abidi, du Global Studies Institute de Genève.

La grande coalition sunnite est lancée le jour où démarrent en Suisse les pourparlers sur le Yémen. Pure coïncidence?

En ce qui concerne la date, oui. Par contre, dans les deux cas, on voit que l’Arabie saoudite se sent injustement lâchée par les Etats-Unis (ndlr: qui ont passé en juillet un deal nucléaire avec l’Iran) et qu’elle estime devoir se charger elle-même d’assurer la sécurité régionale. Au Yémen, l’intervention depuis un an d’une coalition arabe menée par les Saoudiens contre des rebelles chiites, c’est sans précédent. Pareil pour la grande coalition islamique qui est lancée contre le terrorisme, avec 34 pays dans un premier temps et 10 autres dans un proche avenir. Pour ne pas être dépassés par l’Iran et ses alliés, une alliance militaire sunnite se crée entre Etats arabes, africains et asiatiques. Elle est confessionnelle plutôt que régionale ou mondiale. J’y vois l’échec du système de sécurité collectif de l’ONU.

Pourquoi ce lancement précipité de la coalition avant que 10 des 44 pays n’aient donné leur aval?

Ryad est agacé par les critiques dans la presse américaine contre l’Arabie saoudite, suspectée de liens avec le groupe Etat islamique (Daech). Comme la Turquie ou le Pakistan, le royaume wahhabite veut démontrer qu’il s’engage contre le terrorisme.

Est-ce une coalition contre le terrorisme ou contre l’Iran? Les Saoudiens frappent davantage les chiites au Yémen que les djihadistes en Syrie, non?

Depuis le début, Ryad et les autres monarchies arabes font partie de la coalition menée par les Etats-Unis en Syrie. S’ils ont ralenti leur engagement, c’est qu’ils voient les frappes internationales surtout bénéficier au régime de Bachar el-Assad. Quant au Yémen, on estime à Ryad que son sort peut déterminer la survie du royaume saoudien. De là à prédire un choc entre les réseaux de l’Iran chiite et la mégacoalition sunnite, c’est aller un peu vite en besogne. La nouvelle alliance militaire n’a pas encore de cahier des charges. A quoi servira le centre de commandement qui sera basé à Ryad? Quelles actions seront menées dans quels pays? Il est trop tôt pour le dire. Au Yémen, par exemple, l’intervention saoudienne s’appuie sur une résolution de l’ONU. Rien n’indique qu’ils en décrocheraient une autre, par exemple, pour envoyer des troupes en Syrie, comme le suggèrent des Américains. J’imagine par contre que cette coalition envoie des fonds, des armes et du renseignement aux Etats qui luttent contre des groupes terroristes, comme Boko Haram au Nigeria ou encore Daech en Libye (ndlr: où les deux gouvernements rivaux doivent signer aujourd’hui un accord devant leur permettre de combattre ensemble le groupe djihadiste).

Les pourparlers sur le Yémen peuvent-ils aboutir en Suisse?

Difficilement. L’Arabie saoudite ne se retirera pas tant que sa frontière sud n’est pas sécurisée. Or, en une année de frappes, la coalition arabe n’a pas réussi à changer les rapports de force de manière décisive. Le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi n’a toujours pas repris le contrôle du nord chiite.

(24 heures). A.A