Au Moyen-Orient, Trump rompt avec la stratégie d’Obama et revient aux vieilles alliances

Alliance sans nuance avec les régimes arabes sunnites, désignation de l’Iran comme la figure du « mal » incarné, et activisme diplomatique inédit sur le conflit israélo-palestinien : en quatre jours au Moyen-Orient, le président américain Donald Trump a rompu radicalement avec la stratégie de son prédécesseur Barack Obama.

La visite du bouillant et imprévisible septuagénaire dans le chaudron moyen-oriental s’annonçait périlleuse : Donald Trump s’en est tiré sans faux-pas, sans gaffe. Mais il a marqué le changement de pied complet de la stratégie américaine dans la région, du moins dans le discours.

« Il y a une vraie rupture. Obama pariait sur le rapprochement avec l’Iran. Trump a choisi le camp sunnite, et en premier lieu l’Arabie saoudite », résume Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.

Reçu en grande pompe à Riyad, où les relations avec les Etats-Unis étaient polaires du temps de l’administration Obama, Donald Trump n’a pas fait dans la demi-mesure, « s’alignant corps et âme sur les positions saoudiennes », selon Azadeh Kian, enseignante en sciences politiques à Paris.

Les retrouvailles entre les deux alliés historiques ont d’abord été scellées en espèces sonnantes et trébuchantes, avec l’annonce de contrats faramineux de 380 milliards de dollars (339 milliards d’euros), dont 110 milliards de dollars (98 milliards d’euros) pour des ventes d’armement.
Puis, dans un discours devant une cinquantaine de dirigeants musulmans, dont de nombreux autocrates, M. Trump a appelé à « isoler l’Iran » accusé de déstabiliser la région, et a semblé mettre sur le même plan les visées des jihadistes sunnites de l’Etat islamique et celles de l’Iran chiite.

« Trump a balayé tout l’héritage d’Obama d’un revers de la main », estime le chercheur Thierry Coville, de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).
« On peut comprendre que les Etats-Unis souhaitent revenir à un certain équilibre dans leurs relations avec les Etats sunnites, et que les droits de l’Homme ne doivent pas constituer l’alpha et l’oméga d’une politique étrangère. Mais de là à dire au président égyptien Sissi qu’il fait un boulot ‘fantastique’, que l’Arabie saoudite est un royaume ‘magnifique’, et d’oublier qu’en Iran les gens font l’effort d’aller voter… », ajoute-t-il.

M. Trump a prononcé son discours au moment où 41 millions d’Iraniens venaient de réélire pour quatre ans le président modéré Hassan Rohani.
La virulence du président américain reste cependant pour le moment cantonnée au discours.
« Trump ne peut pas aller trop loin dans la rupture avec Téhéran. Et jusqu’à présent, dans les actes, il a plutôt fait preuve de prudence », souligne M. Abidi, rappelant que Washington continue à appliquer l’accord international sur le nucléaire iranien, trophée diplomatique de son prédécesseur.

« Axe du bien »
Le président américain veut utiliser la figure repoussoir de l’Iran et la lutte contre le terrorisme pour relancer une dynamique dans la région, notamment au Proche-Orient. A l’inverse d’Obama, qui s’était désengagé et avait confié l’inextricable dossier israélo-palestinien à son secrétaire d’Etat John Kerry, M. Trump manifeste sa volonté de s’impliquer.

Sa stratégie tourne autour de la création d’un « axe du bien » (par opposition au célèbre « axe du mal » de George W. Bush au début des années 2000), qui regrouperait les Etats-Unis, Israël et les Etats arabes sunnites, dont les intérêts peuvent converger, analyse Aaron David Miller, un ancien négociateur américain pour le Proche-Orient.

Dans un article publié la semaine dernière dans Politico, M. Miller résumait ainsi le « deal » rêvé par le président américain : « Les Etats arabes sunnites aideront Washington à relancer le processus de paix, en échange de quoi les Etats-Unis adopteront une politique plus dure vis à vis de l’Iran ».

En Israël, où il a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et à Bethléem, en Cisjordanie occupée, où il s’est entretenu avec le président palestinien Mahmoud Abbas, M. Trump a exhorté les vieux ennemis à prendre des « décisions difficiles » pour la paix, et s’est dit « personnellement décidé à (les) aider ».

Le président américain n’a jamais dit comment il s’y prendrait. « Trump va vraisemblablement découvrir que la région, comme la réforme de la santé (aux Etats-Unis), est plus compliquée qu’il l’imaginait », ironise M. Miller.
Néanmoins, il a au moins réussi « à remettre la paix, qui était devenue ces dernières années un mot sale, au centre du débat public et du discours politique en Israël », estimait mardi le quotidien israélien de gauche Haaretz.

OLJ/AFP/Cécile FEUILLATRE
23/05/2017
 credit photo- Syrian free press