Omar Al-Bachir

Mise à jour 06/2017-

Toujours à la tête du Soudan, Omar Al-Bachir fait désormais l’objet de deux mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (de 2009 et 2010) pour sa participation aux crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide commis dans la région du Darfour de 2003 à 2008. Aujourd’hui, ce dernier est en cavale et n’a toujours pas été arrêté du fait d’une complicité de certains Etats Africains. Ces derniers feignent de répondre aux mandats d’arrestation émis par la CPI lorsque le suspect se trouve sur leur territoire. Ainsi, par un manque de coopération des Etats Africains qui s’opposent à accomplir leurs obligations en vertu du droit international, la CPI ne peut accomplir son travail puisque la Cour juge seulement les suspects quand ils sont dans les salles d’audiences.

 

Article du 10/2008

Président actuel du Soudan, Omar Hassan Al-Bachir est accusé par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Mais la procédure d’examen est en cours et aucun mandat d’arrêt n’a encore été lancé à l’encontre d’Al-Bachir.

Né à Hosh Bannaga au nord du Soudan en 1944, Al-Bachir rejoint l’armée soudanaise après la fin de son enseignement secondaire et, arabophone, il étudie à l’Académie militaire égyptienne au Caire. En 1973, lors de la Guerre d’Octobre (aussi connue sous le nom de « Guerre du Kippour »), il sert dans les rangs de l’armée égyptienne. En 1981 et 1983, il obtient deux maîtrises : la première, du Soudan, en sciences militaires, et la deuxième de Malaisie. Peu après son retour en 1988, il est chargé du commandement de la 8e Brigade pour mener des opérations militaires contre l’Armée de libération du Soudan au sud du pays.

Le 30 juin 1989, alors colonel, il organise un coup d’Etat militaire, renverse le gouvernement du premier ministre Sadeq Al-Mahdi et se désigne chef du gouvernement transitoire et du Conseil révolutionnaire pour le salut national (qui sera dissous en 1993) avant de devenir officiellement président de l’Etat soudanais le 16 octobre 1993. Outre la suppression des partis politiques, deux éléments caractérisent alors son règne : la relation entre l’Etat et la religion avec l’instauration de la Charia comme corpus juridique de lois islamiques ; et son refus d’octroyer au Sud le droit à l’autodétermination. En décembre 1999, dans un contexte de lutte de pouvoir, Al-Bachir envoie des troupes et des chars d’assaut contre le Parlement afin d’évincer son allié de 1989, Hassan Al-Turabi. Ce dernier est aussi porte-parole du Parlement et chef du Front national islamique, un puissant mouvement fondamentaliste qui cherchait à contrôler davantage le gouvernement en réduisant le pouvoir du président. Par la suite, il décide de suspendre la Constitution et d’annoncer l’état d’urgence, toujours en vigueur aujourd’hui.

A l’arrivée d’Al-Bachir au pouvoir, le Soudan est déjà sous l’emprise d’une violente guerre civile et se voit imposer des sanctions internationales. Les conditions alimentaires, sanitaires et humanitaires vont de mal en pis mais le président ne fait aucun effort pour améliorer la situation. Ce n’est qu’en 2004 que les prémices d’une entente apparaissent : il accepte d’accorder l’autonomie au Sud-Soudan pour les six prochaines années et d’envoyer une mission d’interposition dans le cadre de l’Union africaine (UA). Il arrive finalement à résoudre le conflit en 2005 en signant un accord de paix avec les rebelles du Sud. Néanmoins, cela n’a pas empêché un autre conflit d’éclater à l’ouest en 2003, dans la province du Darfour, et les violences n’ont fait que s’intensifier. Lors de ce conflit, Al-Bachir aurait armé et utilisé la milice des Janjawid pour combattre les rebelles de l’insurrection. Cette milice aurait attaqué et détruit plusieurs villages des autres ethnies, et poursuivi ensuite les survivants jusqu’au désert.

En 2004, les Etats-Unis déclarent « qu’un génocide a été commis au Darfour et que le gouvernement soudanais ainsi que les Janjawid – prétendument sous le commandement d’Al-Bachir – en portent la responsabilité ». Al-Bachir continue de nier et affirme alors qu’il a juste réprimé la rébellion et que, malgré tout, des rebelles opèrent toujours dans la région. Il rencontre ainsi plusieurs responsables et hauts fonctionnaires tels que Colin Powell – alors secrétaire d’Etat – et Kofi Annan afin de désarmer les Janjawid et d’apaiser puis résoudre la crise. Il faut noter aussi qu’en 2007, il accepte l’envoi des Casques bleus de l’ONU, associés à l’UA, au Darfour.

Le 14 juillet 2008, Luis Moreno-Ocampo, procureur de la CPI, présente des éléments de preuves indiquant que le président Al-Bachir est pénalement responsable de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis au Darfour depuis 2003. D’après le procureur, Al-Bachir aurait conçu, organisé et exécuté un plan visant à détruire en masse les Fours, les Masalits et Zaghawa du fait de leur appartenance ethnique et à promouvoir la purification ethnique et les viols (notons aussi que ces ethnies sont celles qui soutiennent la rébellion). Par ailleurs, il ajoute que l’intention d’Al-Bachir de détruire ces groupes comme tels était présente et que l’argument de contre-insurrection ne serait qu’un prétexte. Il affirme également que « le président Al-Bachir s’est servi intentionnellement des appareils d’Etat afin de soumettre intentionnellement plus de deux millions de personnes vivant dans les camps pour personnes déplacées à des conditions d’existence qui ne pouvaient qu’entraîner leur destruction physique »* . Toutefois, Al-Bachir, qui, tout au long, a démenti ces accusations, ne s’est pas retrouvé isolé sur la scène régionale ni internationale. En effet, l’UA, la Ligue arabe ainsi que la France ont adopté la même position contre cette demande d’inculpation car ils estiment que le chef de l’Etat soudanais est un élément essentiel pour la résolution du conflit. En outre, ils cherchent à convaincre le Conseil de sécurité de repousser la procédure de la Cour, qui ne s’est pas encore prononcée concernant la demande de Moreno-Ocampo. Il faut noter que jusqu’à présent, aucun chef d’Etat en fonction n’a jamais été inculpé par la CPI.

Malgré sa position ferme de refus d’octroi du droit à l’autodétermination au Sud au départ, le chef d’Etat soudanais a fait des concessions au début des années 2000 et a entrepris des pas importants dans les négociations avec les sécessionnistes du Sud qui ont abouti à la conclusion d’un accord de paix. Fera-t-il la même chose concernant le Darfour ? Le procureur de la CPI tentera de faire de son mieux afin de convaincre les juges chargés de se prononcer sur l’affaire de lui délivrer un mandat d’arrêt. Cependant, il reste un espoir et il est possible que le président soudanais fasse des efforts et que la procédure soit repoussée d’un an s’il applique les quatre conditions émises par Paris. Il se pourrait alors que cette crise, tant politique qu’humanitaire, soit résolue par la signature d’accords de paix. Si c’est le cas, ce sera compté comme une réussite, voire un accomplissement, de la carrière politique d’Omar Al-Bachir car il aura mis un terme à la guerre civile ravageant le pays depuis plus de deux décennies.

Loulia Kouchaji, assistante de recherche