Le prince héritier MBS purge l’Arabie saoudite pour asseoir son pouvoir

Rien ne va plus en Arabie saoudite. Depuis ce week-end, une purge «anticorruption» sans précédent a déjà frappé onze princes et des dizaines de personnalités. Par ailleurs, un missile lancé samedi depuis le Yémen et détruit en vol près de l’aéroport de Riyad a été dénoncé, mardi, comme «une agression militaire directe par le régime iranien». Enfin, le premier ministre libanais, Saad Hariri, a démissionné le même samedi, en pleine visite officielle à Riyad. Du jamais-vu. Que se passe-t-il donc au palais royal? Hasni Abidi, chargé de cours au Global Studies Institute (GSI) de l’Université de Genève, y voit bien sûr la patte du prince héritier Mohammed ben Salman, 32 ans, alias «MBS». Réformateur autoritaire, celui-ci consolide son pouvoir avant d’accéder au trône.

Comment analysez-vous ces bouleversements à Riyad?

En réalité, le tout premier épisode a eu lieu en juin, quand MBS a convaincu son père, le roi Salman, d’écarter l’ancien prince héritier Mohammed ben Nayef, qui était en charge du Ministère de l’intérieur, donc de la police et des services de renseignements. À présent, c’est le prince Metab ben Abdallah, 64 ans, fils du précédent roi et chef de la Garde nationale, qui a été limogé et placé en résidence surveillée, comme dix autres princes. Lui aussi avait un temps été considéré comme un prétendant au trône. Du coup, MBS, qui est vice-premier ministre, contrôle désormais tout l’appareil sécuritaire saoudien, puisqu’il était déjà en charge de la Défense. Sous couvert de lutte contre la corruption, il a neutralisé tous ceux qui ont émis des réserves sur sa politique ou qui pouvaient contrer à terme ses projets. Il a ainsi fait arrêter ceux qui détiennent une influence économique: le prince Al-Walid ben Talal, milliardaire propriétaire du réseau satellite arabe MBC, mais aussi le magnat de la construction Bakr Ben Laden ou le milliardaire Saleh Kamal…

Le prince héritier est-il à ce point vulnérable?

MBS est inquiet. Non seulement il grille la politesse à bien d’autres princes, mais ses méthodes et ses politiques sont également contestées au sein de la famille royale, qui fonctionne traditionnellement par consensus. Il a provoqué récemment la rupture avec le Qatar, après s’être déjà lancé en mars 2015 dans une guerre meurtrière au Yémen, qui vire au désastre pour l’Arabie saoudite. La coalition arabe n’est pas devenue «l’OTAN panarabe» qu’il souhaitait, la rébellion des Houthis (chiites) n’a pas été écrasée au Yémen et elle a même lancé un missile sur La Mecque en juin et un autre sur Riyad ce week-end. C’est un coûteux bourbier pour un royaume qui a subi la chute des prix du pétrole!

Les missiles iraniens servent donc de justification à la guerre de MBS, c’est ça? Mais pourquoi la démission à Riyad du premier ministre libanais?

Selon le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel ben Ahmed al-Jubeir, le missile iranien a été lancé depuis le Yémen par des militants du Hezbollah libanais. Or le premier ministre libanais, Saad Hariri, qui est aussi Saoudien, était à la tête d’un gouvernement de compromis incluant des ministères contrôlés par le Hezbollah chiite. Son étrange démission «par crainte d’un assassinat» plonge à nouveau le Liban dans une crise politique et remet la pression sur le Hezbollah… alors même que la guerre syrienne est aux frontières! C’est effrayant. MBS joue avec le feu alors que le Moyen-Orient aurait besoin de leaders capables de calmer le jeu.

Par Andrès Allemand. (24 heures) 07.11.2017, 20h36