La Jordanie à l’épreuve de l’austérité dictée par le FMI

Le Premier ministre avait défendu un programme d’austérité voulu par le FMI.

Le Premier ministre jordanien, Hani Mulki, a démissionné lundi après un  mouvement de contestation contre sa politique fiscale. Des milliers de Jordaniens manifestaient tous les jours depuis mercredi dernier contre un projet d’élargissement de l’impôt sur le revenu aux revenus les plus modestes et une hausse des prix du carburant et de l’électricité. Le roi Abdallah II avait estimé dimanche « injuste que le citoyen paie seul les conséquences des réformes fiscales » et les syndicats, qui ont appelé à une journée de grève générale ce mercredi, faisaient valoir que les Jordaniens étaient « épuisés par la hausse des prix et des impôts ».

Hausse des prix et des impôts

Le projet gouvernemental qui a fait tomber le Premier ministre avait été présenté sur les recommandations du Fonds monétaire international (FMI) au vu de la détérioration des finances publiques. Il prévoit une augmentation d’au moins 5 % des impôts pour les particuliers et impose désormais les ménages ayant un salaire mensuel de 666 dinars (environ 810 euros). Les impôts des entreprises doivent eux augmenter de 20 à 40 %. Les prix des carburants ont déjà augmenté à cinq reprises depuis le début de l’année et ceux de l’électricité de 55 %. En janvier, le gouvernement avait dû se résoudre à cesser de subventionner le pain, dont le prix avait doublé du jour au lendemain.

Le FMI a consenti en 2016 à la Jordanie un crédit de 723 millions de dollars sur trois ans en contrepartie d’engagements de réformes structurelles et de réduction de la dette publique à 77 % du PIB d’ici à 2021, contre 94 % en 2015. « La grogne sociale n’a pas seulement pour origine les exigences du FMI », estime  Hasni Abidi, du Centre d’études et de recherches du monde arabe, « mais aussi la réduction de l’aide économique de l’Arabie saoudite en raison de positions jugées trop pro-Turquie ». En outre, explique-t-il, « les Jordaniens sont prêts aux efforts inévitables, mais à condition d’un déverrouillage du jeu politique », ce qui rend urgent l’ouverture d’un véritable dialogue politique.

Un pays clef

L’accueil de centaines de milliers de réfugiés du conflit syrien pèse également sur la situation économique de la Jordanie, pays de dix millions d’habitants que les Occidentaux considèrent comme un élément clé de stabilité au Proche Orient. Selon des chiffres officiels, près d’un cinquième de la population est au chômage et une proportion équivalente vit sous le seul de pauvreté. Le chef du gouvernement a été remplacé par son ministre de l’Education, Omar al Razzaz.

Yves Bourdillon. Les Echos.
@yvesbourdillon