Arabie Saoudite: Le prince héritier est-il vulnérable ?

Le coup de force de Mohamed Ben Salman dénote de l’inquiétude qui règne dans les rouages du pouvoir saoudien et de la vulnérabilité de la nouvelle élite dirigée par Mohamed Ben Salman. Non seulement, le prince Mohamed grille la politesse à ses pairs, mais ses méthodes et ses politiques sont également contestés au sein de la famille royale, qui fonctionne traditionnel- lement par consensus. Il a provoqué récemment la rupture avec le Qatar, après s’être déjà lancé en mars 2015 dans une guerre meurtrière au Yémen, qui vire au désastre pour l’Arabie saoudite. Elle se révèle surtout d’un gouffre financier dans une conjonc- ture difficile marquée par la baisse des revenus du pétrole. Sur le plan diplomatique, le bilan de Mohamed Ben Salman n’est pas brillant. La coalition arabe n’est pas devenue « l’OTAN panarabe ou islamique » qu’il souhaitait, la rébellion des Houthis (chiites) n’a pas été écrasée au Yémen et elle a même lancé plusieurs mis- siles sur des villes saoudiennes. C’est un coûteux bourbier pour un royaume qui peine à convaincre à l’intérieur comme à l’extérieur.

L’Iran : un ennemi idéal ?

De nouvelles tensions sont apparues au Moyen-Orient. D’une part, nous avons la crise entre les pays du Golfe et le Qatar, et d’autre part, l’escalade verbale entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Pourquoi ce regain de tension ? La relation entre ces deux pays est marquée par une lutte d’influence et une compétition pour le leadership dans la région. Certes, l’antagonisme religieux a contribué dans l’exacerbation récente des tensions, mais il a tou- jours servi d’alibi. Trois éléments expliquent les problèmes dans la région. Le premier relève de cette Arabie saoudite engluée dans une dynamique de succession. Le prince héritier Mohamed Ben Salman est engagé dans une course contre la montre pour s’as- surer de succéder à son père, le roi Salman, sans trop de dégâts. Éliminer tous les membres influents de la famille régnante et au-delà semble motiver la purge engagée par le jeune prince. Le deuxième élément concerne l’échec de l’opération saoudienne et de sa coalition engagée au Yémen. L’Arabie saoudite est en grande difficulté économique et militaire face aux Houthis dans un conflit asymétrique ayant engendré des conséquences drama- tiques sur le plan humain. Enfin, le conflit qui oppose le royaume, le Bahreïn et les Émirats au Qatar semble tourner à l’avantage de ce dernier. Pire, il va sonner le glas d’une belle réussite, le Conseil de coopération du Golfe, ne manquant pas de réjouir les Iraniens.

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Hasni ABIDI

Moye-Orient : le temps des incertitudes 

ErickBonnier. 2018