Quatrième vendredi de colère en Algérie

Une nouvelle journée de manifestation est prévue ce vendredi (15.03.19) en Algérie partout dans le pays pour exiger la fin du système Bouteflika. Le mouvement de contestation rejette le plan de réformes proposé par le nouveau Premier ministre Noureddine Bedoui.

Les mesures annoncées par le nouveau Premier ministre peinent à convaincre alors que la colère persiste car la population refuse l’idée d’un mandat prolongé du président Abdelaziz Bouteflika. L’annonce faite par Noureddine Bédoui pour la formation d’un nouveau gouvernement qui comprendra des membres de la contestation et de l’opposition politique est perçue par le mouvement de contestation comme une perte de temps.

DW : Pourquoi, le mouvement de contestation ne cesse de se durcir ?

Hasni Abidi : l’objectif de l’opposition et de la rue algérienne est plutôt l’organisation des élections sans le président Bouteflika. Aujourd’hui, les Algériens ont l’impression qu’ils ont un président sans élections.

DW : Bouteflika en étendant la durée de son mandat outrepasse les limites plutôt que d’organiser une transition. Est-ce que ceci pose un problème au niveau constitutionnel ? 

Hasni Abidi : bien sûr pour l’opposition c’est un point important, c’est-à-dire que tout maintenant se passe en dehors de tout cadre constitutionnel. Le vice-Premier ministre Mr. Lamamra a dit que l’intérêt de la nation n’est pas devant les règles constitutionnelles. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui le président va continuer son mandat au-delà du 28 avril, ce qui constitue une violation à la Constitution.

DW : Que penser du nouveau gouvernement technocrate que le Premier ministre veut mettre en place? Est-ce une simple parodie de démocratie?

Hasni Abidi : l’idée est séduisante mais le problème c’est de confier ce gouvernement à une personnalité qui est engagée dans la campagne du président. Ce n’est pas un homme technocrate, Mr Bedoui, est le ministre de l’Intérieur. C’est l’homme du dossier, c’est l’homme de la police, un homme proche du président et de son frère et c’est pourquoi il fallait plutôt choisir une personnalité indépendante et autonome et pas une personne qui vient du sérail politique.

Je pense que le pouvoir essaie de gagner du temps pour organiser sa propre succession. Mais la rue veut s’approprier un peu l’initiative politique et exercer encore cette influence pour que le système change de paradigme. Et là c’est une impasse parce que le pouvoir n’est pas prêt à lâcher facilement et à donner toutes les concessions demandées par l’opposition. Il va falloir négocier maintenant entre les deux parties en associant les partis politiques.

DW