Après six mois de colère, où va l’Algérie ?

Humiliés par la perspective de voir le président Bouteflika briguer un cinquième mandat, les Algériens sont massivement sortis dans la rue le 22 février.

Six mois plus tard, chacun s’interroge sur la poursuite du « hirak », le mouvement de contestation contre le régime militaire.

Le pouvoir campe toujours sur ses positions et reste sourd aux demandes d’instauration d’une période de transition politique.

C’est la grande question : six mois après son explosion, le hirak, le mouvement de contestation en Algérie, va-t-il connaître un second souffle au sortir de l’été ? Nombre d’Algériens en rêvent, animés au fil des mois de l’espoir qu’une Algérie nouvelle voie le jour. Ses partisans espèrent un regain des cortèges de manifestants qui se déploient chaque vendredi dans les rues du pays pour faire plier le régime militaire. L’enjeu est lourd. Car depuis sa grande victoire, l’éviction début avril du président Abdelaziz Bouteflika, vieillard diminué arrimé à la tête du pays depuis vingt ans, puis le report sine die de l’élection présidentielle, le hirak peine à avancer ses pions pour amorcer une transition. Les feuilles de route restent évasives. Et peu de personnalités émergent pour faire face au système en place.Le général Gaïd Salah, qui tient les rênes du pays, surveille avec les services de renseignements tous ceux qui pourraient de près ou de loin s’apparenter à des opposants, comme l’a étayé une enquête du Wall Street Journal parue le 15 août. Selon le quotidien new-­yorkais, le géant chinois Huawei, qui vend des systèmes d’espionnage à des États africains, a conseillé à certains d’entre eux d’aller voir en Algérie ce qui se faisait de mieux en matière de cybersurveillance, d’interception de communications cryptées, de pistage via les téléphones portables, etc. Loin d’un changement de système et d’une mise à mal de l’État profond, le président par intérim Abdelkader Bensalah cantonnait, le 19 août, le dialogue à une instance créée fin juillet pour garantir « au peuple algérien le droit de choisir le président de la République, le plus rapidement possible ». Le lendemain, les étudiants scandaient à nouveau leur souhait d’« un État civil et non militaire ».Mais étonnamment ces jeunes massivement au chômage et sans perspectives n’expriment pas de visions d’avenir. Des thématiques comme les revendications d’égalité hommes-femmes ou la vérité sur les massacres et les milliers de disparus de la décennie noire (les années 1990) n’ont guère émergé. « Le mouvement est loin d’être homogène. Les manifestants, traversés par les différents courants de la… Il reste 80% de l’article à lire. La Croix

  • Marie Verdier,
  • LA CROIX