POINT DE VUE

Revisiter le discours religieux

Le 25 février 2026 (8 Ramadan 1447), à Djeddah, l’Union des agences de presse des pays de l’Organisation de la coopération islamique (UNA), en coopération avec la Ligue islamique mondiale (LIM), réunissait représentants religieux, médiatiques et institutionnels autour de la structuration contemporaine du discours islamique.
Organisé à l’occasion du deuxième anniversaire de l’adoption de la Charter of Building Bridges Between Islamic Schools of Thought and Sects (La Charte pour la construction de ponts entre les écoles et sectes islamiques), le forum s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des modalités de production, de diffusion et d’encadrement du discours religieux à l’échelle du monde musulman.

Dès l’ouverture, le directeur général de l’UNA, Mohammed bin Abdrabuh Al-Yami, a inscrit les échanges dans cette perspective, saluant le rôle croissant de la Ligue islamique mondiale comme acteur de référence, à la fois scientifique, intellectuel et institutionnel. La Charte y est présentée non seulement comme un cadre de référence, mais aussi comme l’expression d’une volonté politique et religieuse de dépasser les clivages doctrinaux, dans le prolongement du Makkah Document, en faveur d’un dialogue plus inclusif.

Cette lecture est prolongée par l’intervention de Sheikh Dr Mohammed bin Abdulkarim Al-Issa, Secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, qui revient sur le processus d’élaboration de la Charte. Présentée comme une production savante encadrée par des représentants de différentes écoles, celle-ci consacre un consensus inédit, fondé sur la modération, la convergence et la réduction des tensions au sein de la communauté musulmane. Derrière cette ambition, se dessine une tentative de stabilisation du champ religieux à travers la production de références communes.

Au-delà de la seule dimension doctrinale, le forum met en évidence une extension des instruments d’intervention de la Ligue islamique mondiale dans le champ médiatique. La Jeddah Charter for Media Responsibility traduit cette volonté d’encadrer les pratiques journalistiques face aux enjeux de désinformation et de polarisation. Complétée par la création du Prix du professionnalisme médiatique de l’UNA, attribué pour sa première édition à l’agence palestinienne WAFA, cette initiative traduit une stratégie visant à agir non seulement sur le contenu du discours, mais également sur ses vecteurs de diffusion.

Dans le même temps, les projets présentés témoignent d’une projection internationale plurielle, articulant action humanitaire, développement et rayonnement institutionnel. De la construction du Dar Ali bin Talib Complex for Orphans à Islamabad au Water Canal Project en Somalie, en passant par des infrastructures médicales à Durban en Afrique du Sud ou des projets culturels en Europe et en Asie, la Ligue islamique mondiale déploie une stratégie d’ancrage à l’échelle mondiale, où l’action de terrain vient renforcer la légitimité du discours porté.

Cette dynamique se prolonge enfin dans le champ numérique avec la présentation de l’application Minhaj. Conçue comme une plateforme fondée sur une base savante et encadrée, elle vise à répondre à la fragmentation des contenus religieux en ligne. En centralisant des contributions issues de savants affiliés à la Ligue, l’outil ambitionne de structurer et de diffuser un discours religieux cohérent, adapté aux usages contemporains et déployé à l’échelle internationale dans plusieurs langues.

Pris dans leur ensemble, les éléments présentés à Djeddah mettent en évidence une évolution des modes d’intervention de la Ligue islamique mondiale. À l’encadrement du discours religieux s’ajoute désormais une approche intégrée, articulant régulation médiatique, déploiement opérationnel et outils technologiques. Cette combinaison entre norme, action et numérique traduit une adaptation aux recompositions actuelles des espaces religieux et informationnels.

Plus largement, le forum de l’UNA met en évidence une reconfiguration progressive des modalités d’autorité et de diffusion du discours islamique. Entre recherche d’unité, gestion des divergences et structuration des canaux de communication, les initiatives présentées s’inscrivent dans une dynamique de projection à l’échelle internationale.

Dans ce contexte, l’enjeu tient désormais autant au contenu du discours qu’aux dispositifs qui en organisent la production, en encadrent les usages et en structurent la circulation au sein d’espaces globalisés.


Marwa CHELKHA, Chercheuse associée au CERMAM 

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