{"id":1483,"date":"2021-02-01T14:39:26","date_gmt":"2021-02-01T13:39:26","guid":{"rendered":"https:\/\/web.cermam.org\/?p=1483"},"modified":"2021-02-01T14:39:46","modified_gmt":"2021-02-01T13:39:46","slug":"1483-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cermam.org\/fr\/1483-2\/","title":{"rendered":"Les hydrocarbures, un nouvel enjeu dans le conflit libyen"},"content":{"rendered":"\n<p>La Libye est un pays nord-africain partageant ses fronti\u00e8res avec l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie, l\u2019\u00c9gypte, le Tchad, le Soudan ainsi que le Niger. Deuxi\u00e8me plus grande r\u00e9serve p\u00e9troli\u00e8re d\u2019Afrique, apr\u00e8s le Nigeria, et neuvi\u00e8me position au niveau mondial avec 41,5 milliards de barils, elle d\u00e9tient soit 3% des r\u00e9serves mondiales. Le p\u00e9trole aujourd\u2019hui exploit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert dans les ann\u00e9es 1960-1970. Depuis, il n\u2019y a plus eu de prospection de ressources p\u00e9troli\u00e8re sur le territoire libyen. On suppose que les ressources sont bien plus grandes que celles que l\u2019on conna\u00eet actuellement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Pour la premi\u00e8re fois, depuis le d\u00e9but du conflit interne en Libye, le g\u00e9n\u00e9ral Haftar inclut les hydrocarbures dans sa guerre contre le gouvernement de Tripoli.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Haftar met fin aux exportations de p\u00e9trole libyen en p\u00e9riode o\u00f9 le march\u00e9 p\u00e9trolier est en exc\u00e9dent, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il y a plus d\u2019offre que de demande. Le prix du baril s\u2019est effondr\u00e9. La menace du g\u00e9n\u00e9ral Haftar est pass\u00e9e inaper\u00e7ue. Les acteurs du march\u00e9 en question ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 enchant\u00e9 que la Libye se retire volontairement du march\u00e9 p\u00e9trolier international.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Jusque-l\u00e0, le secteur des hydrocarbures \u00e9tait laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 dans le conflit entre les gouvernements de Benghazi et Tripoli. Le secteur des hydrocarbures \u00e9tait rest\u00e9 \u00e9pargn\u00e9, contrairement aux autres infrastructures \u00e9conomiques et civiles. Les protagonistes de ce conflit, avaient bien conscience, que de d\u00e9truire le secteur p\u00e9trolier revient \u00e0 d\u00e9truire l\u2019avenir du pays. Car il faut savoir que le secteur des hydrocarbures rapporte 98% des recettes ext\u00e9rieures ainsi que 70 \u00e0 80% du PIB. Ce secteur emploie plus de 30\u2019000 individus et contribue \u00e0 2\/3 du PIB national.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un aspect important des champs p\u00e9trolif\u00e8res est sa distribution g\u00e9ographique. Ils se situent dans trois bassins g\u00e9ologiques pr\u00e9cis. Le premier est celui qu\u2019on appelle le croissant fertile (bassin de Syrte) \u00e0 l\u2019est du pays. Le choix du g\u00e9n\u00e9ral Haftar lorsqu\u2019il d\u00e9cide de s\u2019emparer de Benghazi fait un choix strat\u00e9gique, sachant que 60% des ressources p\u00e9troli\u00e8res libyenne sont situ\u00e9es sur ce territoire. Il d\u00e9tient alors la r\u00e9gion la plus riche en ressources p\u00e9troli\u00e8res. Pour citer quelques chiffres, cela revient \u00e0 contr\u00f4ler un million de barils de p\u00e9trole par jour. Alors que les 300\u2019000 autres barils sont r\u00e9partis sur les deux autres sites p\u00e9troliers, le bassin de Mourzouk ainsi que le bassin de Ghadam\u00e8s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En prenant possession du bassin de Syrte, le g\u00e9n\u00e9ral Haftar occupe la raffinerie de Ras Lanouf, qui extrait plus de 200\u2019000 barils de p\u00e9trole raffin\u00e9 par jour, ce qui revient quasiment \u00e0 la consommation int\u00e9rieure libyenne de p\u00e9trole. Cela signifie pour Haftar qu\u2019il a suffisamment de ressources pour alimenter son arm\u00e9e en carburant, un d\u00e9tail important lorsque vous \u00eates en guerre. Car sans carburant, vous \u00eates d\u00e9pendant des importations. Le contr\u00f4le des raffineries et du terminal p\u00e9trolier donne la possibilit\u00e9 d\u2019exporter le p\u00e9trole et ainsi en extraire un revenu.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>En th\u00e9orie, le g\u00e9n\u00e9ral Haftar d\u00e9tient 60% des ressources p\u00e9trolif\u00e8res libyenne, ce qui revient \u00e0 1\u2019000\u2019000 de barils bruts par jours ainsi que 200\u2019000 barils raffin\u00e9s par jour.&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cependant, un probl\u00e8me subsiste. L\u2019unique protagoniste l\u00e9galement autoris\u00e9 \u00e0 exporter le p\u00e9trole est le gouvernement de Tripoli, qui lui d\u00e9tient le deuxi\u00e8me terminal le plus grand, Zaou\u00efa. Sans cette autorisation de la communaut\u00e9 internationale, le gouvernement de Benghazi se voit dans l\u2019impossibilit\u00e9 de vendre son p\u00e9trole aux autres \u00e9tats, sauf peut-\u00eatre la Cor\u00e9e du Nord ou encore des compagnies p\u00e9troli\u00e8res pirates. La&nbsp;<em>National Oil Compagny<\/em>(NOC) est la seule compagnie libyenne l\u00e9galement autoris\u00e9e \u00e0 exporter et vendre le p\u00e9trole sur le plan international. Donc on peut dire que Haftar est en possession de la mati\u00e8re brute, le p\u00e9trole, mais ne d\u00e9tient pas l\u2019instrument de l\u2019exportation et de la vente du p\u00e9trole.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Haftar a tent\u00e9 deux strat\u00e9gies afin de s\u2019inclure dans l\u2019exportation du p\u00e9trole libyen. Tout d\u2019abord il a demand\u00e9 \u00e0 la NOC d\u2019ouvrir une succursale d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 Benghazi. Il va par la suite, cr\u00e9er une seconde Banque Centrale, qui lui sera utile dans les transactions commerciales. Aujourd\u2019hui, il existe en Libye deux Banques Centrales sur un m\u00eame territoire, mais une seule est reconnue par la communaut\u00e9 internationale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quel int\u00e9r\u00eat militaire y a-t-il pour Haftar de prendre le pouvoir \u00e0 Tripoli&nbsp;? A vrai dire, il en a beaucoup. Car sans le contr\u00f4le de Tripoli, il est condamn\u00e9 \u00e0 d\u00e9tenir les ressources, mais ne pas pouvoir les export\u00e9es l\u00e9galement. La Libye est un pays concurrentiel dans le p\u00e9trole, en raison de son faible co\u00fbt et sa proximit\u00e9 des march\u00e9s europ\u00e9ens.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>La question qu\u2019il reste \u00e0 se poser est le g\u00e9n\u00e9ral Haftar va-t-il parvenir \u00e0 renverser le gouvernement de Tripoli&nbsp;? Et si oui, la communaut\u00e9 internationale va-t-elle reconna\u00eetre le nouveau gouvernement du g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;? Et ainsi vouloir importer le p\u00e9trole libyen&nbsp;?&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Compte rendu r\u00e9alis\u00e9 par Fleur Mast&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Table-ronde du CERMAM \u00ab&nbsp;Libye : les dynamiques internes et les influences externes&nbsp;\u00bb, M. Luis Martinez, 27 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a><sup>[1]<\/sup><\/a>[En&nbsp;ligne] URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tdg.ch\/monde\/croissant-petrolier-syrte-cur-rivalites\/story\/12805977\">https:\/\/www.tdg.ch\/monde\/croissant-petrolier-syrte-cur-rivalites\/story\/12805977<\/a>(consult\u00e9 le 2 avril 2020)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Libye est un pays nord-africain partageant ses fronti\u00e8res avec l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie, l\u2019\u00c9gypte, le Tchad, le Soudan ainsi que le Niger. 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