{"id":1763,"date":"2025-03-10T12:21:56","date_gmt":"2025-03-10T11:21:56","guid":{"rendered":"https:\/\/cermam.org\/fr\/?p=1763"},"modified":"2025-03-11T15:37:47","modified_gmt":"2025-03-11T14:37:47","slug":"le-tigre-et-leuphrate-lirak-deshydrate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cermam.org\/fr\/le-tigre-et-leuphrate-lirak-deshydrate\/","title":{"rendered":"Le Tigre et l\u2019Euphrate: l\u2019Irak d\u00e9shydrat\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La plan\u00e8te bleue, malgr\u00e9 son abondance apparente, offre une quantit\u00e9 limit\u00e9e d\u2019eau douce propre \u00e0 la consommation humaine. Cette raret\u00e9 se fait d\u2019autant plus ressentir dans une r\u00e9gion aussi aride que le Moyen-Orient, o\u00f9 la gestion de l&rsquo;eau rev\u00eat une importance g\u00e9opolitique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Irak, travers\u00e9 par le Tigre et l\u2019Euphrate, ses principales sources d\u2019eau, fait face \u00e0 une crise hydrique sans pr\u00e9c\u00e9dent. Autrefois symboles de prosp\u00e9rit\u00e9 et de vitalit\u00e9, ces fleuves sont au coeur des tensions transfrontali\u00e8res, d\u2019une gestion interne d\u00e9faillante et des effets du changement climatique. La rar\u00e9faction des ressources en eau a entrain\u00e9 le pays dans une crise hydrique multidimensionnelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet article, nous analyserons les diff\u00e9rentes facettes de cette crise. Nous examinerons d\u2019abord la vuln\u00e9rabilit\u00e9 hydrique du pays, puis les tensions transfrontali\u00e8res, notamment li\u00e9es aux politiques de la Turquie. Nous nous pencherons ensuite sur les fragilit\u00e9s internes qui entravent la gestion de l\u2019eau en Irak, avant de conclure sur les perspectives et les d\u00e9fis d\u2019une gestion int\u00e9gr\u00e9e des ressources hydriques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. Les tensions transfrontali\u00e8res du bassin&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, jusqu\u2019au d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle, le bassin du Tigre et de l\u2019Euphrate \u00e9tait sous la gestion de l\u2019Empire ottoman, qui maintenait une certaine unit\u00e9 et limitait les antagonismes entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions. Cependant, avec le d\u00e9membrement de l\u2019empire et le trac\u00e9 de nouvelles fronti\u00e8res, les deux fleuves, devenus transfrontaliers, ont \u00e9t\u00e9 divis\u00e9s entre plusieurs jeunes \u00c9tats-nations. Cette fragmentation territoriale a marqu\u00e9 le d\u00e9but de tensions durables entre ces nouveaux \u00c9tats.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fleuves Tigre et Euphrate, qui mesurent respectivement 1 900 km et 2 780 km, prennent leur source en Turquie, traversent la Syrie, et poursuivent leurs trajectoires distinctes en Irak avant de confluer dans le sud du pays. Cette configuration conf\u00e8re \u00e0 l\u2019Irak une position de vuln\u00e9rabilit\u00e9, tributaire des d\u00e9cisions hydrauliques de ses voisins en amont. En effet, la Turquie, principal contributeur au d\u00e9bit de ces fleuves, exerce un contr\u00f4le important gr\u00e2ce \u00e0 des infrastructures hydrauliques d\u2019envergure, notamment le projet GAP <em>(G\u00fcneydo\u011fu Anadolu Projesi)<\/em>. Ce vaste programme, qui englobe 22 barrages et 19 centrales hydro\u00e9lectriques, poursuit un double objectif : revitaliser le sud-est anatolien et faire de la Turquie le grenier a bl\u00e9 du Moyen-Orient. Ce projet a profond\u00e9ment modifi\u00e9 les dynamiques hydriques de la r\u00e9gion. En r\u00e9gulant les eaux des fleuves avant qu&rsquo;elles n&rsquo;atteignent la Syrie et l&rsquo;Irak, la Turquie a non seulement renforc\u00e9 son contr\u00f4le sur les ressources en eau, mais elle a aussi accru son pouvoir g\u00e9opolitique dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ce projet soit d\u00e9fendu par Ankara comme une initiative de d\u00e9veloppement interne, il suscite de vives inqui\u00e9tudes en Irak, qui y voit un moyen de pression politique et \u00e9conomique. Et \u00e0 raison puisque selon les projections, l\u2019ach\u00e8vement des infrastructures turques pourrait entra\u00eener une r\u00e9duction des d\u00e9bits de l\u2019Euphrate, avec des extractions d\u2019eau atteignant pr\u00e8s de 70 % de son d\u00e9bit naturel, 43 % de son d\u00e9bit observ\u00e9, et environ 60 % du quota minimum de 500 m\u00b3\/seconde garanti par la Turquie. De ce fait, la diminution des d\u00e9bits des fleuves, notamment de l\u2019Euphrate, menace directement la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des pays en aval, dont les syst\u00e8mes d\u2019irrigation d\u00e9pendent de ces eaux. La situation s\u2019est aggrav\u00e9e en juin 2018 avec la mise \u00e0 eau du r\u00e9servoir du barrage d\u2019Ilisu, l\u2019un des derniers ouvrages du GAP, qui a accentu\u00e9 le stress hydrique en Irak.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de la situation de l\u2019Irak, il n&rsquo;existe aucun trait\u00e9 tripartite sur l&rsquo;exploitation et la r\u00e9partition des eaux entre les \u00c9tats riverains du bassin du Tigre et de l&rsquo;Euphrate. Toutefois, le trait\u00e9 de Lausanne de 1923 contenait une clause stipulant que la Turquie devait consulter l&rsquo;Irak avant d&rsquo;entreprendre des travaux hydrauliques. Bien que des tentatives de r\u00e9gulation ont eu lieu, comme la cr\u00e9ation d\u2019une commission mixte entre la Syrie et l\u2019Irak en 1962, leur efficacit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e, notamment en raison de l\u2019absence de grands projets d\u2019am\u00e9nagement hydraulique. Par ailleurs, des accords bilat\u00e9raux, comme celui de 1987 entre la Turquie et la Syrie, garantissent un quota d\u2019eau \u00e0 la Syrie, mais ce dernier reste largement insuffisant et renforce l\u2019asym\u00e9trie qui place la Turquie dans une position dominante.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, bien que cet accord permette un d\u00e9bit de 500 m\u00b3\/seconde de la Turquie vers la Syrie, soit environ 15,75 milliards de m\u00b3 par an, ce volume est loin de r\u00e9pondre aux besoins croissants en aval. La Syrie, \u00e0 son tour, d\u00e9tourne une partie de ces eaux avant qu\u2019elles n\u2019atteignent l\u2019Irak, aggravant encore la p\u00e9nurie. L\u2019Irak, qui d\u00e9pend de ces deux fleuves pour 95 % de ses besoins hydriques agricoles et industriels, se retrouve ainsi dans une position de d\u00e9pendance structurelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. Dynamiques internes de la crise hydrique en Irak<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bien que l\u2019Irak sous mandat britannique ait \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers \u00c9tats de la r\u00e9gion \u00e0 d\u00e9velopper des infrastructures hydrauliques sur le Tigre et l\u2019Euphrate au cours du XXe si\u00e8cle, ces ouvrages ont consid\u00e9rablement souffert des multiples conflits qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire contemporaine du pays. La guerre Iran-Irak (1980-1988), les deux guerres du Golfe, les douze ann\u00e9es d\u2019embargo ainsi que la guerre civile de 2013 ont progressivement affaibli et d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 les r\u00e9seaux hydrauliques du pays. La situation s&rsquo;est aggrav\u00e9e durant la guerre d&rsquo;Irak, lorsque l&rsquo;\u00c9tat islamique s\u2019est empar\u00e9 des principales infrastructures hydrauliques, accentuant ainsi la d\u00e9sint\u00e9gration du r\u00e9seau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, les pratiques agricoles archa\u00efques amplifient la pression sur les ressources en eau. L\u2019irrigation par inondation, encore largement r\u00e9pandue, engendre un gaspillage consid\u00e9rable. Bien que des r\u00e9formes aient \u00e9t\u00e9 initi\u00e9es, notamment pour limiter les puits ill\u00e9gaux, leur mise en \u0153uvre demeure entrav\u00e9e par des institutions fragiles et une coordination d\u00e9faillante entre les diff\u00e9rents niveaux de gouvernance.<\/p>\n\n\n\n<p>Le changement climatique constitue un autre facteur aggravant. Class\u00e9 parmi les cinq pays les plus expos\u00e9s \u00e0 ses effets, l\u2019Irak subit une baisse des pr\u00e9cipitations, une augmentation des temp\u00e9ratures et une salinisation accrue des sols. Selon un rapport de la Banque mondiale, le pays pourrait perdre jusqu\u2019\u00e0 20 % de ses ressources en eau dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir. Cette situation affecte directement l\u2019agriculture, secteur essentiel qui emploie pr\u00e8s de 18 % de la population active. La rar\u00e9faction des ressources hydriques entra\u00eene un d\u00e9clin des activit\u00e9s agricoles, aggravant l\u2019exode rural vers des zones urbaines d\u00e9j\u00e0 surpeupl\u00e9. Selon l&rsquo;Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), plus de 34 000 personnes se sont d\u00e9plac\u00e9es en 2022 en raison de la crise de l&rsquo;eau, en particulier dans les r\u00e9gions du centre et du sud de l\u2019Irak, telle que la province de Bassora.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Bassora, d\u2019ailleurs, des manifestations ont \u00e9clat\u00e9 en 2018 en raison de&nbsp; revendications politiques et \u00e0 des demandes d\u2019acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019eau potable. Bien que cette province soit la plus riche en hydrocarbures du pays, elle souffre d\u2019un grave d\u00e9ficit infrastructurel, particuli\u00e8rement en mati\u00e8re de gestion de l\u2019eau. La pollution industrielle, notamment li\u00e9e \u00e0 l\u2019exploitation p\u00e9troli\u00e8re, exacerbe les p\u00e9nuries. Cette situation a d\u2019ailleurs conduit \u00e0 l\u2019intoxication de milliers de personnes, en raison de la mauvaise qualit\u00e9 de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales, la crise de l\u2019eau g\u00e9n\u00e8re \u00e9galement des tensions politiques, notamment entre le gouvernement central irakien et la r\u00e9gion autonome du Kurdistan (RKI). Pour r\u00e9pondre \u00e0 la p\u00e9nurie d\u2019eau, le Kurdistan irakien a lanc\u00e9 depuis 2021 plusieurs projets de barrages dans les gouvernorats d\u2019Erbil, Sulaymaniyah et Duhok. Bien que ces barrages ne soient pas destin\u00e9s \u00e0 retenir de grandes quantit\u00e9s d\u2019eau, leur r\u00e9alisation pourrait exacerber les tensions entre les autorit\u00e9s kurdes et celles de Bagdad, notamment \u00e0 Kirkouk, une ville strat\u00e9gique dont l&rsquo;approvisionnement en eau d\u00e9pend du barrage de Dukan, situ\u00e9 dans la r\u00e9gion autonome kurde. Les r\u00e9centes restrictions d&rsquo;eau impos\u00e9es \u00e0 Kirkouk et la mise en jach\u00e8re des terres agricoles en raison de la baisse de l\u2019irrigation sont des signes de la fragilit\u00e9 de la situation, et pourraient potentiellement raviver des conflits territoriaux et politiques au sein m\u00eame de l\u2019Irak.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la crise de l\u2019eau d\u00e9passe la simple question environnementale. Elle interagit avec les enjeux \u00e9conomiques, sociaux et politiques de l\u2019Irak, influen\u00e7ant son d\u00e9veloppement et sa stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. Perspectives et d\u00e9fis pour une gestion int\u00e9gr\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue international, \u00e0 ce jour, aucune norme juridique contraignante ne r\u00e9git sp\u00e9cifiquement l\u2019utilisation des fleuves internationaux \u00e0 des fins non navigables. Bien que des concepts tels que l\u2019\u00ab utilisation \u00e9quitable \u00bb et le principe de \u00ab non-tort \u00bb, selon lequel un \u00c9tat ne doit pas utiliser ou permettre l\u2019utilisation de son territoire d\u2019une mani\u00e8re qui cause un tort sensible \u00e0 ses voisins, aient \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9s, la souverainet\u00e9 nationale demeure un obstacle. En effet, dans le cas du bassin Tigre-Euphrate, la Turquie revendique une souverainet\u00e9 absolue sur les eaux issues de son territoire et consid\u00e8re ces fleuves comme \u00ab transfrontaliers \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cela, plusieurs initiatives ont tent\u00e9 de d\u00e9samorcer ces tensions. En 1988, le \u00ab Pipeline de la Paix \u00bb visait \u00e0 instaurer une coop\u00e9ration r\u00e9gionale, mais ce projet fut abandonn\u00e9, jug\u00e9 peu fiable dans un contexte de conflits. Deux ans plus tard, en 1990, la Turquie proposa un plan pour une gestion raisonnable des eaux transfrontali\u00e8res, rapidement rejet\u00e9 par l\u2019Irak et la Syrie, car il impliquait un droit de regard turc sur l\u2019utilisation des eaux, ce qui a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme une atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale. Ces \u00e9checs successifs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les limites des n\u00e9gociations bilat\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces revers, des avanc\u00e9es r\u00e9centes laissent entrevoir une coop\u00e9ration. En 2024, la Turquie et l\u2019Irak ont sign\u00e9 un accord-cadre de coop\u00e9ration d\u2019une dur\u00e9e de dix ans, marquant une tentative de gestion commune des ressources hydriques. Ce cadre de coop\u00e9ration pr\u00e9voit des projets conjoints visant \u00e0 \u00ab <em>am\u00e9liorer la gestion des eaux \u00bb <\/em>des deux fleuves, selon le Premier ministre irakien Mohamed Chia al-Soudani. Celui-ci a \u00e9galement soulign\u00e9 que \u00ab <em>l\u2019administration commune et \u00e9quitable des ressources hydriques <\/em>\u00bb \u00e9tait d\u00e9sormais une priorit\u00e9 pour l\u2019Irak. Ainsi, la Turquie, qui contr\u00f4le les ressources hydriques en amont, s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 ajuster le d\u00e9bit des rivi\u00e8res pendant les mois critiques de l\u2019\u00e9t\u00e9 et \u00e0 fournir un soutien technique pour moderniser les infrastructures d\u2019irrigation irakiennes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces avanc\u00e9es, le chemin vers une gestion r\u00e9ellement collaborative et durable demeure encore long. Les tensions li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau, profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans des diff\u00e9rends historiques et g\u00e9opolitiques, continuent de hanter le paysage r\u00e9gional.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue national, comme \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019\u00c9tat irakien, malgr\u00e9 sa fragilit\u00e9, multiplie les efforts pour r\u00e9pondre \u00e0 la crise de l\u2019eau. Les d\u00e9penses publiques dans ce secteur ont augment\u00e9 de mani\u00e8re significative depuis 2007, passant de 1,9 % des d\u00e9penses f\u00e9d\u00e9rales totales \u00e0 4,0 %, soit 1,8 % du PIB. Cependant, certains experts s\u2019interrogent sur la qualit\u00e9 de la gouvernance dans ce domaine, qui est morcel\u00e9e entre diff\u00e9rents \u00e9chelons publics, tels que les minist\u00e8res, les gouvernorats et les municipalit\u00e9s. Cette fragmentation rend difficile la mise en place d\u2019actions coordonn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Il se pose donc la question suivante : une meilleure centralisation du pouvoir pourrait-elle mieux r\u00e9pondre aux d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la crise de l\u2019eau ? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question n\u2019est pas \u00e9vidente, car l\u2019Irak fait face \u00e0 de multiples d\u00e9fis, tels qu\u2019une forte augmentation de la population, les effets du r\u00e9chauffement climatique et les politiques hydriques des pays voisins.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, bien que des solutions soient envisageables, la stabilisation hydropolitique de la r\u00e9gion n\u00e9cessite une approche int\u00e9gr\u00e9e alliant coordination nationale, coop\u00e9ration r\u00e9gionale et appui juridique international. Cependant, les d\u00e9s\u00e9quilibres g\u00e9opolitiques et les rivalit\u00e9s historiques demeurent des obstacles majeurs. La p\u00e9rennit\u00e9 de toute solution d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 des acteurs \u00e0 d\u00e9passer leurs int\u00e9r\u00eats souverains pour instaurer un dialogue durable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9pendance de l\u2019Irak vis-\u00e0-vis des ressources en eau contr\u00f4l\u00e9es par ses voisins met en lumi\u00e8re une asym\u00e9trie g\u00e9opolitique et une gestion inefficace des ressources hydriques communes. Pourtant, cette situation d\u00e9passe le simple d\u00e9s\u00e9quilibre des pouvoirs. Elle incarne des fractures syst\u00e9miques, internes et externes, qui exacerbent la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019Irak face \u00e0 une ressource de plus en plus rare. La poursuite unilat\u00e9rale du projet GAP par la Turquie a renforc\u00e9 cet \u00e9tat de fait, consolidant sa position dominante tout en privant l\u2019Irak des moyens de n\u00e9gocier sur des bases \u00e9gales.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la crise de l\u2019eau ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 sa seule dimension g\u00e9opolitique. Elle trouve \u00e9galement ses racines dans des faiblesses internes : institutions fragiles, absence de r\u00e9formes structurelles, un secteur agricole obsol\u00e8te et une pression d\u00e9mographique croissante. \u00c0 cela s\u2019ajoutent des d\u00e9fis environnementaux majeurs, tels que la diminution des d\u00e9bits fluviaux, la pollution des nappes phr\u00e9atiques, les s\u00e9cheresses r\u00e9currentes et l\u2019\u00e9puisement des ressources en eau potable. Ces \u00e9l\u00e9ments se traduisent par une pr\u00e9carisation croissante des populations, fragilisant ainsi la coh\u00e9sion sociale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un changement de paradigme s\u2019impose donc. La gestion interne de l\u2019eau en Irak doit \u00eatre repens\u00e9e pour moderniser les infrastructures, adapter les strat\u00e9gies aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s climatiques et transformer les mod\u00e8les agricoles. Cette transition doit \u00e9galement s\u2019inscrire dans une approche r\u00e9gionale, fond\u00e9e sur une gestion int\u00e9gr\u00e9e des ressources en eau et des m\u00e9canismes de coop\u00e9ration bas\u00e9s sur la confiance mutuelle. Cela n\u00e9cessite l\u2019appui de cadres juridiques internationaux solides et reconnus. Si des initiatives de coop\u00e9ration \u00e9mergent timidement, la fragilit\u00e9 structurelle de l\u2019Irak et la domination r\u00e9gionale de la Turquie soul\u00e8vent des doutes quant \u00e0 leur viabilit\u00e9. L\u2019avenir dira si ces accords permettront d\u2019amorcer une dynamique r\u00e9gionale, mais aussi d\u2019inciter la Syrie et l\u2019Iran \u00e0 emprunter cette m\u00eame voie.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Marwa Chelkha<\/strong><\/em>, <em>assistante de recherche au CERMAM<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. Bibliographie&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>6.1 Articles scientifiques&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">BAZIN, Marcel, et St\u00e9phane DE TAPIA. \u00ab\u00a0Le Projet de l\u2019Anatolie du Sud-Est (GAP) dans son contexte national turc et r\u00e9gional moyen-oriental.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>BAGF<\/em>, pp. 184-207,&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/bagf.596\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/bagf.596<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">CECILLON, Julien. \u00ab&nbsp;L\u2019Irak, nouvel espace de d\u00e9ploiement de la puissance turque&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>La Turquie au Moyen-Orient<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par Doroth\u00e9e Schmid, CNRS \u00c9ditions, 2011,&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.editionscnrs.12379\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.editionscnrs.12379<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">MUTIN, Georges. \u00ab\u00a0Le Tigre et l&rsquo;Euphrate de la discorde.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>VertigO \u2013 La revue en sciences de l&rsquo;environnement<\/em>, vol. 4, no. 3, d\u00e9cembre 2003,&nbsp;<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/vertigo\/3869?file=1\">https:\/\/journals.openedition.org\/vertigo\/3869?file=1<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">ROLLAN, Fran\u00e7oise. \u00ab\u00a0Le Tigre et l&rsquo;Euphrate.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>Confluences M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, 2005\/1 N\u00b052, 2005, pp. 173-185. CAIRN.INFO,&nbsp;<a href=\"http:\/\/shs.cairn.info\/revue-confluences-mediterranee-2005-1-page-173?lang=fr\">shs.cairn.info\/revue-confluences-mediterranee-2005-1-page-173?lang=fr<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">ROLLAN, Fran\u00e7oise. \u00ab\u00a0Le Tigre et l&rsquo;Euphrate : source de conflit ou situation conflictuelle due \u00e0 l&rsquo;histoire ?\u00a0\u00bb&nbsp;<em>Confluences M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, 2006\/3 N\u00b058, 2006, pp. 137-151. CAIRN.INFO,&nbsp;<a href=\"http:\/\/shs.cairn.info\/revue-confluences-mediterranee-2006-3-page-137?lang=fr\">shs.cairn.info\/revue-confluences-mediterranee-2006-3-page-137?lang=fr<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">ROUSSEL, Cyril. \u00ab\u00a0L\u2019Irak : le devenir d\u2019un pays en p\u00e9nurie d\u2019eau.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>Les carnets de l\u2019ifpo, Institut fran\u00e7ais du Proche-Orient (IFPO)<\/em>, 19 Jan. 2024,&nbsp;<a href=\"https:\/\/ifpo.hypotheses.org\/12500\">https:\/\/ifpo.hypotheses.org\/12500<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">ROUSSEL, Cyril, et NELLY Martin. \u00ab\u00a0L\u2019Irak : crise de l\u2019eau, crise migratoire ?\u00a0\u00bb Microscoop : Un regard sur les laboratoires en Centre Limousin Poitou-Charentes (CNRS), 2023, Hors S\u00e9rie n\u00b0 23, pp. 20-21. halshs-04371356v2.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">SEVER, Ay\u015feg\u00fcl.&nbsp;<em>Turquie\/Syrie : de rapprochements en d\u00e9sillusions.<\/em>&nbsp;Traduit par Julien C\u00e9cillon, pp. 169-183,&nbsp;<a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/editionscnrs\/12367?lang=fr#:~:text=En%201987%2C%20la%20Turquie%20signait,%C3%A0%20son%20soutien%20au%20PKK\">https:\/\/books.openedition.org\/editionscnrs\/12367?lang=fr#:~:text=En%201987%2C%20la%20Turquie%20signait,\u00e0%20son%20soutien%20au%20PKK<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>6.2 Ouvrage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">DAOUDY, Marwa,&nbsp;<em>Le partage des eaux entre la Syrie, l\u2019Irak et la Turquie. N\u00e9gociation, s\u00e9curit\u00e9 et asym\u00e9trie des pouvoirs<\/em>, coll. Moyen-Orient, Paris, cnrs \u00e9ditions, 2005, 271&nbsp;p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>6.3 Rapports et \u00e9tudes&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab\u00a0Le changement climatique : une catastrophe en cours.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>CFRI Irak<\/em>, 9 Feb. 2024,&nbsp;<a href=\"https:\/\/cfri-irak.com\/article\/le-changement-climatique-une-catastrophe-en-cours-2024-02-09#:~:text=La%20salinisation%20des%20sols%20due,une%20s%C3%A9cheresse%20totale%20%5B3%5D\">https:\/\/cfri-irak.com\/article\/le-changement-climatique-une-catastrophe-en-cours-2024-02-09#:~:text=La%20salinisation%20des%20sols%20due,une%20s\u00e9cheresse%20totale%20%5B3%5D<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">TR\u00c9SOR \u00c9CONOMIQUE.&nbsp;<em>Fiche Pays &#8211; Irak<\/em>. Minist\u00e8re de l&rsquo;\u00c9conomie et des Finances,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tresor.economie.gouv.fr\/PagesInternationales\/Pages\/50d49959-bfe9-43b8-8430-faa4ca05e54d\/files\/d2cf9e53-c4cf-4a5d-b4bc-6b7f496cd130\">https:\/\/www.tresor.economie.gouv.fr\/PagesInternationales\/Pages\/50d49959-bfe9-43b8-8430-faa4ca05e54d\/files\/d2cf9e53-c4cf-4a5d-b4bc-6b7f496cd130<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>6.4 Th\u00e8ses et m\u00e9moires&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">HEUCHON, Bruno.&nbsp;<em>Gestion de l&rsquo;eau et conflits au Moyen-Orient : Etude de cas : Turquie, Syrie et Irak.<\/em>&nbsp;Facult\u00e9 des sciences \u00e9conomiques, sociales, politiques et de communication, Universit\u00e9 catholique de Louvain, 2018. Prom. : Catherine Gourbin.&nbsp;<a href=\"http:\/\/hdl.handle.net\/2078.1\/thesis:16960\">http:\/\/hdl.handle.net\/2078.1\/thesis:16960<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>6.5 Articles non scientifiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">FRANCE 24. \u00ab\u00a0Eau, P\u00e9trole et Route du D\u00e9veloppement au Menu de la Visite d&rsquo;Erdogan en Irak.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>France 24<\/em>, 22 Apr. 2024,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.france24.com\/fr\/moyen-orient\/20240422-eau-p%C3%A9trole-et-route-du-d%C3%A9veloppement-au-menu-de-la-visite-d-erdogan-en-irak\">https:\/\/www.france24.com\/fr\/moyen-orient\/20240422-eau-p\u00e9trole-et-route-du-d\u00e9veloppement-au-menu-de-la-visite-d-erdogan-en-irak<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">KHALAF, Safaa. \u00ab\u00a0Le soul\u00e8vement de Bassora \u00e9branle l&rsquo;Irak.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>Orient XXI<\/em>, 13 Sept. 2018,&nbsp;<a href=\"https:\/\/orientxxi.info\/magazine\/le-soulevement-de-bassora-ebranle-l-irak,2619\">https:\/\/orientxxi.info\/magazine\/le-soulevement-de-bassora-ebranle-l-irak,2619<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">MEVELLEC, Matteo. \u00ab\u00a0G\u00e9opolitique des Ressources Hydriques Transfrontali\u00e8res : Point de Situation au 20\/11\/24.\u00a0\u00bb&nbsp;<em>MONDE<\/em>, 20 Nov. 2024,&nbsp;<a href=\"https:\/\/eurasiapeace.org\/geopolitique-des-ressources-hydriques-transfrontalieres-point-de-situation-au-20-11-24\/\">https:\/\/eurasiapeace.org\/geopolitique-des-ressources-hydriques-transfrontalieres-point-de-situation-au-20-11-24\/<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La plan\u00e8te bleue, malgr\u00e9 son abondance apparente, offre une quantit\u00e9 limit\u00e9e d\u2019eau douce propre \u00e0 la consommation humaine. 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