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Des urnes aux fronts : la guerre en Iran à l’épreuve des calculs électoraux

L’enlisement, depuis février 2026, du second acte de la confrontation armée entre Washington et Tel-Aviv, d’une part, et Téhéran, d’autre part, après la guerre des douze jours de juin 2025, fait du calendrier électoral une variable stratégique du conflit. Au-delà des dimensions militaires et diplomatiques, les échéances électorales aux États-Unis et en Israël sont en effet susceptibles de redéfinir les marges de manœuvre des deux alliés et d’influer, en retour, sur la stratégie iranienne. L’intensification des initiatives militaires, diplomatiques et stratégiques à l’approche de ces échéances répond à une double logique : modifier la perception du rapport de force afin d’en tirer un avantage électoral à Washington et à Tel-Aviv, mais aussi permettre à Téhéran d’exploiter les contraintes politiques intérieures de ses adversaires pour les affaiblir sur le plan stratégique.

Les calculs électoraux de Washington et de Tel Aviv à l’épreuve de la stratégie iranienne

Soumis à des impératifs immédiats de préservation de leur pouvoir, Donald Trump et Benyamin Netanyahou font face à des contraintes de politique intérieure distinctes, malgré leur volonté commune de remodeler les équilibres régionaux, notamment dans le prolongement des Accords d’Abraham de 2020. Ces divergences, conjuguées à la proximité des deux échéances électorales, pèsent sur le calcul stratégique de Téhéran, qui cherche à exploiter les vulnérabilités politiques de ses adversaires en maintenant une pression militaire, diplomatique et économique susceptible d’alimenter les tensions au sein de leurs opinions publiques.

Par ses opérations militaires et les pressions exercées sur les routes maritimes stratégiques, l’Iran mobilise des leviers militaires et géoéconomiques pour modifier le rapport de force. Si le détroit d’Ormuz constitue un levier direct de pression sur les flux énergétiques du Golfe, la mer Rouge et le détroit de Bab El-Mandeb représentent également des espaces de vulnérabilité, notamment à travers les actions des Houthis au Yémen. Ces perturbations illustrent la capacité des acteurs régionaux à accroître les coûts économiques et stratégiques du conflit pour leurs adversaires, dans l’espoir de renforcer leurs capacités de dissuasion et d’infléchir durablement les conditions d’une éventuelle sortie de guerre.[1]

Aux États-Unis, un sondage Reuters/Ipsos mené en août plaçait l’approbation de Donald Trump à 33 %, son plus bas niveau, la guerre contribuant à renforcer l’opposition à son égard.[2] Bien que la complexité du système électoral israélien et la nécessité de former une coalition gouvernementale rendent l’issue du scrutin plus difficile à anticiper qu’aux États-Unis, où la compétition électorale se structure principalement autour de deux partis, les élections du 27 octobre revêtaient un caractère décisif pour Netanyahou, alors que la guerre n’avait permis ni le changement de régime en Iran ni l’anéantissement de ses capacités nucléaires, deux objectifs affichés par le Premier ministre, dont l’avenir politique demeure incertain et qui devait dès lors chercher à tirer des bénéfices stratégiques du conflit avant le scrutin.

Ce double calendrier électoral alimente les tensions. Trump doit éviter une escalade susceptible d’alimenter l’opposition intérieure à l’approche des élections de mi-mandat du 3 novembre, tandis que Netanyahu cherche à préserver le consensus autour d’une proactivité militaire régionale offensive et à poursuivre l’affaiblissement de l’Iran. 

La préservation de la majorité républicaine au Congrès a conduit ainsi Donald Trump à multiplier les manœuvres électoralistes, de la promesse de verser 5 000 dollars à chaque Américain en cas de maintien des républicains au pouvoir à l’engagement[3], de ne pas lancer de nouvelles frappes contre l’Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre[4], en passant par sa volonté de décongestionner le marché pétrolier mondial en facilitant l’accès à l’offre russe, jusqu’alors soumise à des sanctions. Ces annonces illustrent à quel point les enjeux électoraux s’entremêlent désormais à la conduite de la guerre et aux arbitrages géoéconomiques qui en découlent, au risque de subordonner les choix stratégiques américains aux impératifs de politique intérieure.

L’après-élections : une nouvelle équation stratégique pour la guerre en Iran

Les tensions suscitées par une reprise de la guerre contre l’Iran reflétaient notamment des considérations de politique intérieure à court terme, liées aux échéances électorales respectives des dirigeants américain et israélien. Une éventuelle atténuation après ces scrutins pourrait tenir, à l’inverse, au relâchement des contraintes électorales qui pèsent sur leurs agendas stratégiques.

Dans ce contexte, les résultats électoraux sont susceptibles d’influer sur la trajectoire du conflit. Le maintien de la majorité républicaine au Congrès faciliterait le soutien parlementaire aux mesures liées à la guerre, notamment à son financement. En Israël, le maintien de Netanyahou au pouvoir pourrait favoriser la poursuite d’une politique régionale offensive, notamment à l’égard de l’Iran, soutenue en partie par ses alliances avec les formations d’extrême droite. Une double victoire de Trump et de Netanyahou conforterait ainsi la perspective d’une confrontation prolongée et coûteuse pour Téhéran. Face à cette éventualité, l’Iran pourrait renforcer sa stratégie de résistance ou réévaluer sa posture stratégique.

À l’inverse, une défaite républicaine dans les deux chambres serait susceptible de renforcer l’opposition à la guerre et d’accentuer la pression sur l’administration Trump, tant sur le plan intérieur qu’en matière de politique étrangère, réduisant ainsi la marge de manœuvre d’Israël pour rouvrir le front iranien face aux réticences accrues de Washington. Pour Téhéran, un tel revers électoral affaiblirait la capacité de Donald Trump à maintenir sa ligne stratégique et accentuerait les pressions intérieures en faveur d’une réévaluation de la guerre.

En Israël, une défaite de Netanyahou ne signifierait pas nécessairement un changement de cap stratégique, mais l’émergence d’une nouvelle coalition pourrait modifier les conditions politiques de la poursuite du conflit et les modalités de la coordination avec Washington.[5]

Au-delà des résultats eux-mêmes, les périodes de transition institutionnelle peuvent également influer sur les marges de manœuvre des dirigeants et sur le calendrier de leurs décisions. En Israël, les premiers résultats des élections du 27 octobre ne font apparaître aucune majorité claire à la Knesset, une situation susceptible de compliquer la formation d’un gouvernement et de prolonger les négociations entre les partis.[6] Ce blocage pourrait ouvrir la voie à plusieurs semaines, voire plusieurs mois, d’incertitude politique. Le pays a déjà connu une succession d’élections législatives entre 2019 et 2022, en raison de difficultés répétées à constituer des coalitions gouvernementales viables. Ce précédent doit toutefois être replacé dans un contexte distinct, marqué aujourd’hui par une confrontation militaire avec l’Iran. Dans l’intervalle entre le scrutin et la formation éventuelle d’un nouveau gouvernement, Netanyahou, qui assurerait l’intérim, pourrait conserver une marge de manœuvre pour influer sur les équilibres politiques intérieurs, notamment en fonction des développements extérieurs et d’une éventuelle nouvelle escalade militaire avec l’Iran.

Aux États-Unis, l’intervalle entre les élections de mi-mandat et la prise de fonction du nouveau Congrès, prévue en janvier 2027, pourrait inciter l’administration Trump à accélérer certaines initiatives avant l’entrée en fonction des nouveaux élus, notamment dans l’hypothèse d’une défaite républicaine. Une telle séquence lui permettrait de tirer parti de la configuration parlementaire existante avant un éventuel rééquilibrage des rapports de force institutionnels.

La période postélectorale pourrait également constituer une fenêtre d’opportunité pour les administrations américaine et israélienne, susceptibles d’engager des initiatives politiques ou militaires liées au conflit iranien afin de consolider leur position stratégique tout en infléchissant les équilibres politiques intérieurs.

Ces différents scénarios soulignent combien la trajectoire de la guerre en Iran reste tributaire des dynamiques politiques intérieures aux États-Unis et en Israël. Au-delà des résultats électoraux eux-mêmes, les rapports de force parlementaires, les négociations de coalition et les contraintes institutionnelles pourraient continuer de peser sur les choix stratégiques des deux pays et, par conséquent, sur les perspectives d’évolution du conflit. 


Hasni Abidi, Directeur du CERMAM

Maxime Fritsch, Chercheur associé au CERMAM


Références :

[1] BAJOGHLI Narges, NASR Vali. « Iran’s Theory of Victory. Tehran’s Fight for Great-Power Status in the Post-American Middle East ». Foreign Affairs, 9 octobre 2026 (https://www.foreignaffairs.com/iran/irans-theory-victory) 

 [2] LANGE Jason. « Trump approval falls to 33%, lowest of his presidency, Reuters/Ipsos poll finds ». Reuters, 17 août 2026 (https://www.reuters.com/world/us/trump-approval-falls-33-lowest-his-presidency-reutersipsos-poll-finds-2026-08-17/)

[3] The White House. « Trump Dividend: America Is Winning — and Americans Should Win With It », 10 septembre 2026 (https://www.whitehouse.gov/releases/2026/09/trump-dividend-america-is-winning-and-americans-should-win-with-it/) 

[4] Reuters. «Trump says US will not attack Iran before midterm elections in November », 8 octobre 2026 (https://www.reuters.com/world/trump-us-having-productive-talks-with-iran-will-not-attack-before-us-elections-2026-10-08/)

[5] BENN Aluf. « What Israel’s Election Won’t Change. The Constraints and Costs of the New Security Consensus », Foreign Affairs, 23 octobre 2026 (https://www.foreignaffairs.com/israel/what-israels-election-wont-change-aluf-benn) ; KAYE Dalia Dassa. « The Israel Netanyahu Made. Why Bibi’s National Security Vision Will Endure ». Foreign Affairs, 27 octobre 2026 (https://www.foreignaffairs.com/israel/israel-netanyahu-made) 

[6] SAMAAN Jean-Loup. « Législatives en Israël : les trois leçons d’une élection indécise ». Institut Montaigne, 28 octobre 2026 (https://www.institutmontaigne.org/expressions/legislatives-en-israel-les-trois-lecons-dune-election-indecise) 

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