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Iran : Les enjeux d’une guerre sans issue

Depuis le 28 février 2026, le conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis s’enlise, provoquant de lourdes perturbations économiques et une extension régionale aux monarchies du Golfe, avec des répercussions bien au-delà du Moyen-Orient. Ce second acte, après la guerre des douze jours de juin 2025, marque une escalade d’ampleur inédite. Les tentatives de règlement diplomatique se heurtent à des obstacles persistants, tandis que l’Iran accentue la pression, notamment par le contrôle du détroit d’Ormuz. Cette table ronde analysera les raisons de cette impasse stratégique, les rapports de force en présence et les scénarios possibles d’évolution d’un conflit dont l’issue demeure incertaine.

Cette table ronde est organisée en partenariat avec l’AMAGE (Association du monde arabe à l’Université de Genève).

Dr. Azadeh Kian, Sociologue spécialiste de l’Iran, et directrice du CEDREF (Centre d’enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes), Université Paris Cité

Dr. Joseph Daher, Chercheur spécialiste du Proche et Moyen-Orient

Dr. Bernard Hourcade, Géographe spécialiste de l’Iran et directeur de recherche émérite au CNRS (Centre nationale de recherche scientifique)

Dr. Hasni Abidi, Chargé de cours au Global Studies Institute (GSI) et directeur du CERMAM.

La table ronde sera modérée par Luisa Ballin, Journaliste à l’ONU, correspondante du Global Geneva


Lundi 04 mai 2026

18h15

Uni-mail, salle MS160

Pour plus d’informations : amage@unige.ch


Compte rendu de la table ronde organisée le lundi 4 mai 2026

La table ronde organisée à l’Université de Genève le 4 mai 2026 a permis d’analyser la guerre impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis dans toute sa complexité régionale. Loin de se limiter à une confrontation militaire directe, ce conflit révèle des dynamiques plus profondes, telles que la fragilisation interne du régime iranien, la recomposition des alliances régionales, l’affaiblissement du Hezbollah, l’inquiétude des monarchies du Golfe et la remise en cause du parapluie sécuritaire américain. À travers les interventions d’Azadeh Kian, Bernard Hourcade, Joseph Daher et Hasni Abidi, la conférence a mis en lumière une guerre sans issue apparente, aux conséquences politiques, économiques et humanitaires majeures.

La conférence était organisée de sorte que chaque intervenant traite d’un aspect des enjeux auxquels les belligérants faisaient face dans les récentes guerres qui ont secoué la région du Moyen-Orient.

La première intervenante était Dr. Azadeh Kian, professeure émérite de sociologie, qui nous a présenté l’état social et économique de la population iranienne ainsi que les coûts matériels de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. La guerre a ainsi vu plus de 60 % de la population iranienne passer sous le seuil de pauvreté, en raison de la dévaluation de la monnaie locale et de l’augmentation du chômage. Cette hausse du chômage s’explique en partie par la fermeture du réseau Internet, dont une grande partie des Iraniens tirent leurs revenus.

Depuis quelques années, le pays fait aussi face à un nombre important de manifestations exprimant le mécontentement de la population face à la dégradation de la situation économique, due en partie à l’inflation, ainsi qu’au manque de libertés individuelles qui a atteint son paroxysme à la suite de la mort de Mahsa Amini en septembre 2022. Ces mouvements populaires ont vu une participation très importante des femmes, qui manifestaient également contre les discriminations auxquelles faisaient face les minorités nationales, telles que les sunnites, les Kurdes et les Baloutches.

Au niveau gouvernemental, selon elle, nous assistons à une « pakistanisation » de l’Iran, dans une configuration où le régime passerait d’un pouvoir dominé par les mollahs à un pouvoir davantage contrôlé par les Gardiens de la révolution, avec possiblement une composante civile. Cela s’explique en partie par l’assassinat du guide suprême, l’ayatollah Khamenei, et par la montée, en parallèle, d’une nouvelle génération de dirigeants beaucoup plus proches des Gardiens de la révolution.

Le second intervenant était le Dr. Bernard Hourcade, géographe spécialiste de l’Iran, qui a dirigé l’Institut français de recherche en Iran entre 1978 à 1993. Il nous a fait part de la structure idéologique qui a vu naître la République islamique en 1979. Selon lui, il est important de mentionner que l’Iran est le premier pays chiite au monde en nombre d’habitants.

Bien que le pays fasse actuellement l’objet d’un embargo de la part de l’Occident depuis plus de quatre décennies, cette relation n’a pas toujours été conflictuelle. Sous le règne de la monarchie des Pahlavi, le pays a découvert le pétrole, à travers les entreprises pétrolières occidentales, ce qui a grandement participé à son développement.

De plus, pour comprendre la politique menée par l’Iran depuis la chute de la monarchie, il conceptualise un modèle à travers les trois « I », à savoir « internationalisation », « iranité » et « islam ». Lors de la monarchie, le « I » de l’internationalisation était supérieur à celui de l’islam, ce qui posait un problème pour une partie de la population. Avec l’arrivée de la République islamique, les « I » de l’iranité et de l’islam reprennent le dessus, car ce sont les deux identités qui vont guider la politique iranienne dans ses premières années, surtout avec la guerre de huit ans contre l’Irak. Malgré ce rééquilibrage de la politique iranienne en faveur de l’iranité et de l’islam, il faut toutefois mentionner que la société iranienne reste très ouverte à l’Occident, tout en demeurant indépendante vis-à-vis de celui-ci.

Cependant, il est nécessaire de comprendre la relation de l’Iran avec ses ennemis pour donner sens à sa politique étrangère. Comme mentionné précédemment, lors de la guerre contre l’Irak, les « I » de l’islam et de l’iranité ont été utilisés de pair pour guider la politique étrangère et sécuritaire iranienne. L’Iran va ainsi développer la « tactique de la défense avancée », qui consiste notamment à apporter leur soutien à la population chiite libanaise. L’objectif de cette tactique est de créer un front capable de libérer Jérusalem, ainsi que de défendre le territoire iranien en exerçant une pression constante sur Israël. Cette vision a tenu pendant plus de trois décennies avant de fortement s’affaiblir après la mort du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Cet affaiblissement du Hezbollah a ainsi permis à Israël d’attaquer directement le territoire iranien.

Au niveau régional, l’Iran fait aussi face à une nouvelle réalité géopolitique, dans laquelle certain pays de la région ont rejoint les accords d’Abraham, parrainés par les États-Unis. Ces accords ont pour objectif de créer un nouveau Moyen-Orient qui serait contrôlé par les États-Unis. Dans ce contexte, l’Iran a depuis essayé de se présenter comme ayant évolué, en affirmant que l’utilisation de l’islam ne peut plus être la solution et en se tournant vers des politiques plus conciliantes, davantage partagées par les autres pays de la région.

Du côté israélien, il existe une réelle crainte de voir l’Iran devenir une puissance scientifique grâce au développement des mathématiques et de la physique dans le pays, afin de répondre aux objectifs d’indépendance nucléaire du gouvernement.

Du côté américain, la relation est encore plus complexe. D’un côté, une partie de la population iranienne demeure très américanophile, certains allant jusqu’à attendre une intervention américaine susceptible de les libérer du régime. De l’autre, le régime entretient une relation beaucoup plus tendue, et ce depuis la grande humiliation que les Iraniens ont infligée aux Américains après la prise de l’ambassade américaine par un groupe d’étudiants en novembre 1979, qui a duré 444 jours. Cette relation n’a toutefois pas empêché les deux pays de coopérer sur un certain nombre de questions, telles que la gestion de la guerre en Afghanistan ou encore la gestion politique et sécuritaire de l’après-2003 en Irak.

Dans cet élan de coopération, un accord sur le nucléaire (JCPOA) a été signé entre les Iraniens et les Américains en juin 2015 pour encadrer le nucléaire iranien. Cependant, les États-Unis, sous Trump, se sont retirés de cet accord trois ans plus tard et ont réimposé des sanctions contre l’Iran. De leur côté, l’Iran s’est aussi retiré de l’accord pour reprendre l’enrichissement nucléaire. Les bombardements que l’Iran a subis en juin 2025 et en février 2026 avaient pour objectif de détruire la capacité nucléaire iranienne, comme l’a toujours souhaité Israël, qui veut voir l’Iran retourner à l’âge de pierre. Ainsi, en plus des Israéliens, les royalistes veulent aussi empêcher qu’un accord soit conclu entre les États-Unis et l’Iran, car cela renforcerait, selon eux, le régime des mollahs.

Le troisième intervenant était le Dr. Joseph Daher, chercheur spécialisé dans l’économie politique du Moyen-Orient, qui a traité plus particulièrement de la situation au Liban. Sa présentation était divisée en trois parties : la première portait sur les dynamiques longues et actuelles de la guerre au Liban, qui a suivi la guerre du 7 octobre jusqu’à novembre 2024 ; la seconde traitait de l’impasse entre le gouvernement libanais et le Hezbollah ; enfin, la dernière abordait le futur sécuritaire du Liban.

Dans la première partie, il avance que la guerre en deux phases que subit le Liban (phase 1 : 10.2023-27.11.2024 et phase 2 : à partir du 02.03.2026) a été lancée en utilisant un prétexte, comme cela avait été le cas pour la guerre contre Gaza. Ces guerres s’inscrivent dans un objectif plus large qui verrait les États-Unis consolider leur hégémonie sur la région afin d’accroître leur contrôle sur les énergies fossiles dont regorge la région. Ce contrôle des ressources est très important pour les États-Unis, car celles-ci sont principalement exportées vers l’Inde et la Chine et peuvent devenir une carte de pression en cas de guerre avec les États-Unis. Il mentionne aussi que les États-Unis ont perdu deux outils, leur économie et leur démocratie, qui leur avaient permis de maintenir une grande influence sur le monde. Ainsi, la puissance militaire et l’hégémonie du pétrodollar sont les deux derniers outils qui restent réellement aux Américains pour maintenir leur hégémonie sur la région. Dans ce cadre, la vente du pétrole en dollars permet aux Américains de financer la production d’armement ainsi qu’à stabiliser la valeur du dollar américain.

Pour le cas iranien, un point de divergence apparaît entre les Américains et les Israéliens. Les Américains veulent que les Iraniens répondent aux intérêts américains en matière d’accès au pétrole iranien et de vente du pétrole en dollars. Les Israéliens, eux, veulent tout simplement détruire l’Iran, comme il sera expliqué plus tard.

Pour comprendre la situation libanaise, il convient d’abord de revenir sur les relations entre le Liban et Israël. Depuis 1948 et la création de l’État hébreu, Israël a des ambitions sur la région située au sud du Litani, au Sud-Liban. La mise en œuvre de ces ambitions s’est faite à travers plusieurs guerres. La première a été celle de 1968, lorsque Israël et l’OLP, basée au Liban à ce moment-là, se sont livré des raids depuis et vers le Sud-Liban. De plus, dans ce conflit, Israël a détruit les avions de la compagnie aérienne libanaise Middle East Airlines en réponse à l’attaque contre une compagnie aérienne israélienne présente à l’aéroport d’Athènes.

À partir de 1978, les événements s’accélèrent car il y a une invasion et une occupation israéliennes au Liban afin d’expulser définitivement les forces palestiniennes de l’OLP de la région. Lors de cette invasion israélienne, le Hezbollah est créé afin de lutter contre l’occupation. Entre 1978 et 2026, il y a eu cinq invasions au Sud-Liban (1978, 1982, 2006, 2024 et 2026), ce qui a renforcé le rôle du Hezbollah, au détriment de l’État libanais, dans cette région du pays principalement habitée par les chiites.

Malgré le cessez-le-feu signé entre le Liban et Israël le 27 novembre 2024, il ne sera pas respecté par les Israéliens qui continuera la guerre. Cette situation entraînera des conséquences désastreuses sur le Sud-Liban qui verra le coût des destructions atteindre plus de 14 milliards de dollars et le taux de pauvreté passer de 25 % à 75 %. De plus, Tel-Aviv a tout fait pour contrôler le récit du conflit en tuant plus de 27 journalistes, afin de ne pas heurter l’opinion publique occidentale.

Dans la seconde partie, il avance aussi quelques critiques envers le Hezbollah et le gouvernement libanais. Il est important de mentionner que le Hezbollah n’est plus aussi populaire dans la région ni au sein même de la population chiite libanaise qu’il ne l’était par le passé. Cette perte de popularité peut s’expliquer par deux points. Le premier est que le parti a participé, avec le gouvernement d’Al-Assad, à la répression des mouvements populaires syriens liés aux Printemps arabes. Le deuxième est que le Hezbollah a maintenu une dimension confessionnelle dans la résistance au Liban.

Cependant, il faut aussi mentionner que le gouvernement libanais n’a pas non plus rempli sa part du contrat vis-à-vis de la population du Sud. Le gouvernement prétend vouloir créer un État fort qui monopolise la violence, alors qu’il n’en a pas les moyens. Ainsi, l’armée libanaise a été retirée du Sud du pays, laissant la population sans protection, ce qui renforce le rôle de protecteur du Hezbollah.

Pour le futur, les Libanais craignent que leur gouvernement devienne une sorte d’autorité comparable à l’Autorité palestinienne, présente uniquement pour désarmer le Hezbollah et répondre aux demandes israéliennes, sans contrepartie.

Le dernier intervenant, le Dr. Hasni Abidi, politologue, spécialiste de la région MENA et chargé de cours à l’Université de Genève, a traité de la manière dont les pays du Golfe ont réagi à la guerre entre les États-Unis et Israël, d’un côté, et l’Iran, de l’autre. Abidi avance qu’il existe une absence de politique commune des pays arabes, car la Ligue des États arabes est tiraillée par des conflits internes. Certains pays arabes considèrent cette guerre comme illégale, alors que d’autres veulent voir les États-Unis et l’Iran s’épuiser mutuellement pour leur propre intérêt. Cette divergence peut s’expliquer par la nature même de la structure sécuritaire de ces États, où les monarchies du Golfe ont, par exemple, construit tout un système économique fondé sur la prospérité et la sécurité fournies par les Américains. Cette acquisition de la sécurité par ces monarchies s’est faite à travers la signature du pacte du Quincy entre l’Arabie saoudite et les États-Unis en 1945. Ce pacte a aussi ouvert la porte aux autres monarchies de la région pour signer des traités de défense mutuelle avec l’Occident, principalement avec les Américains. Après 1992, et surtout à partir de 2001, on a pu ainsi assister à l’ouverture de bases militaires britanniques, françaises ou encore turques dans la région.

Cependant, un grand coup a été porté à ce système fondé sur le parapluie sécuritaire offert par les Américains, lors de l’invasion irakienne du Koweït en 1990, lorsque les monarchies du Golfe ont subi des attaques de missiles sur leur territoire. Aujourd’hui, ce parapluie sécuritaire a presque été inexistant lors de la guerre contre l’Iran, lorsque Téhéran a lancé des missiles sur les villes des monarchies arabes.

Les pays du Golfe ont toutefois tenté de dissuader Trump de faire la guerre contre l’Iran, par peur de voir leur stabilité nationale voler en éclats. Dans ce contexte, le Qatar a par exemple déclaré, fin mars 2026, un cas de force majeure concernant l’exportation de son gaz naturel liquéfié (GNL) après l’attaque iranienne sur l’installation de Ras Laffan. L’activation du cas de force majeure a permis à la compagnie pétrolière nationale, QatarEnergy, d’être exonérée de ses obligations contractuelles après la réduction de la capacité de l’installation de plus de 17%. De plus, les Qataris ont également mandaté l’entreprise norvégienne Rystad pour évaluer les coûts de la reconstruction. Selon cette évaluation, il faudrait entre trois et quatre ans pour retrouver le niveau de production d’avant-guerre.

Un autre point important est que tous les investissements majeurs dans les monarchies de la région reposent sur le parapluie sécuritaire américain. Ainsi, les projets tels que l’Exposition universelle, la Coupe du monde et les projets pharaoniques menés en Arabie saoudite n’auraient pas pu être possibles sans la défense américaine. De son côté, l’Iran a profité de cette dépendance pour faire augmenter le coût de la guerre pour les alliés américains, en utilisant des missiles et des drones efficaces et bon marché.

Ces coûts ont aussi un impact important pour les États-Unis, car les monarchies du Golfe avaient prévenu que la guerre allait affecter leurs revenus et, progressivement, réduire, voire stopper, les investissements arabes dans l’économie américaine.

Au niveau politique, l’opinion publique et les décideurs des pays de la région ont commencé à remettre en question le rôle sécuritaire américain pour les pays du Golfe. Cette remise en question fait suite à la guerre contre l’Iran de 2026, mais surtout au fait que ces pays restent très interdépendants avec l’Iran, malgré ce qu’ils prétendent. Ainsi, les Qataris partagent avec l’Iran le plus grand gisement gazier du monde, à savoir le gisement de South Pars (nom iranien du gisement) / North Dome (nom qatari du gisement). Oman, de son côté, entretient de bonnes relations diplomatiques avec l’Iran, ce qui lui a notamment permis de jouer le rôle de médiateur entre l’Iran et les États-Unis. Enfin, les Émirats arabes unis comptent une forte concentration d’Iraniens qui y vivent, ainsi que des entreprises qui travaillent au profit des Iraniens.

Cette dépendance sécuritaire est d’autant plus problématique que les monarchies du Golfe disposent de peu d’alternatives crédibles au parapluie sécuritaire américain. En effet, les Français, les Britanniques, les Chinois et les Russes ne sont pas des acteurs qui peuvent ou souhaitent, à l’heure actuelle, prendre le relais des Américains. Ainsi, dans cette optique de diversification de ses partenaires sécuritaires, l’Arabie saoudite a, par exemple, signé le 17 septembre 2025 un accord stratégique de défense mutuelle avec le Pakistan, qui est une puissance nucléaire. Le choix du Pakistan comme partenaire sécuritaire n’est pas anodin. Du point de vue de Riyad, la monarchie avait beaucoup financé les recherches nucléaires pakistanaises et voulait donc profiter de cette sécurité qu’elle avait contribué à créer. Du point de vue pakistanais, la protection de l’Arabie saoudite est primordiale pour Islamabad, car un grand nombre de Pakistanais y travaillent et envoient de l’argent à leurs familles restées au Pakistan. Enfin, d’autres acteurs régionaux souhaitent aussi rejoindre cet accord de défense mutuelle comme par exemple la Turquie.

Ces difficultés s’ajoutent aussi à un tiraillement entre les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui voient par exemple les Émirats arabes unis sortir de l’OPEP et ainsi échapper aux contraintes imposées par l’Arabie saoudite. Cette sortie constitue, d’une certaine manière, une réponse des Émirats arabes unis aux autres pays du CCG, en raison du manque de soutien à leur égard lorsque leur pays a été attaqué par l’Iran. Cette sortie des Émirats arabes unis de l’OPEP risque aussi de conduire à l’implosion du CCG. Dans ce sens, les Émirats arabes unis vont par exemple remercier leurs partenaires, l’Égypte, la Syrie et le Maroc, qui leur ont apporté leur aide.

Enfin, le rôle de médiateur joué par le Pakistan entre l’Iran et les États-Unis mérite également d’être analysé. Islamabad occupe une position très atypique car le pays a intérêt à ce que l’Iran ne s’effondre pas, notamment parce qu’il partage une frontière avec lui. De plus, sur le plan international, le chef d’état-major pakistanais, Asim Munir, entretient une très bonne relation avec le président Trump, tout en ayant d’excellentes relations avec la Chine, ce qui a joué un rôle dans la sélection d’Islamabad comme lieu de rencontre entre Iraniens et Américains.

Ce choix s’explique aussi par le refus du Qatar de jouer les médiateurs, en raison du fait que le pays a lui aussi été attaqué. Oman, qui avait commencé la médiation, s’est retiré après le manque de soutien américain à ses efforts de médiation.

Au terme de cette table ronde, un constat s’impose : la guerre autour de l’Iran ne peut être comprise comme un simple affrontement entre Téhéran, Tel-Aviv et Washington. Elle s’inscrit dans une recomposition beaucoup plus large du Moyen-Orient, où les alliances traditionnelles se fragilisent, où les acteurs non étatiques conservent un rôle déterminant, et où les monarchies du Golfe prennent conscience des limites du parapluie sécuritaire américain. Les interventions ont ainsi montré que cette guerre, loin d’apporter une solution stratégique, accentue les vulnérabilités de l’ensemble des acteurs régionaux.

Zeyd ALMADANI

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